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Or press escape




Edit Kaldor signe une performance ludique et pertinente sur la solitude. Le 5 juin à la Fondation Cartier, à Paris.


Difficile d'aborder les notions de solitude et de repli sur soi sans sombrer dans un maniérisme pathétique. La jeune Hongroise Edit Kaldor parvient pourtant à cerner son sujet, tout en explorant bien d'autres territoires, notamment grâce à la richesse dramaturgique de son Or press escape. Seule sur scène, assise dos au public, installée au clavier de son ordinateur, les pensées et la vie d'Edith Kaldor émergent et s'organisent. Projeté en fond de scène, l'écran devient l'unique interface reliant le récit intime au public. Un récit éclaté, qui se met en place dans la confusion spontanée des réflexions de la jeune femme. Kaldor tape au fil de ses pensées, puis structure ses propos, laissant là apparaître la déformation maligne entre l'idée première et l'idée finalement présentée.
Cloîtrée dans son appartement, immergée dans la pénombre, le personnage vit reclus dans sa sphère, révélant ainsi des réflexes sécuritaires aussi actuels que dérisoires. Branchée sur une alarme s'enclenchant tous les quarts d'heure, une webcam offre la vue du judas, épiant ainsi les moindres passages suspects dans le couloir. C'est que notre locataire, fraîchement arrivée dans l'immeuble, a de quoi s'inquiéter. Un homme occupe illégalement le grenier. Tout en tentant de mettre fin à son inactivité professionnelle par la création d'une improbable start-up, la jeune femme va s'évertuer à écrire une lettre à son nouveau voisin. La situation devient encore plus savoureuse quand le spectateur découvre que le personnage campé par Kaldor est lui aussi dans l'illégalité, puisque immigré et sans permis de séjour. La webcam de l'entrée, le silence qui règne dans l'appartement, l'obscurité se teintent maintenant différemment et deviennent des indices de prudence, justifiée par la crainte de l'expulsion. A ce titre, le traitement sonore de la performance est exemplaire. Seul le son de la frappe du clavier est diffusé, légèrement modifié, le rendant quasi organique. La configuration scénique transforme les spectateurs en d'innombrables colocataires, autant de cafards attentifs à des repères sonores et à un écran surdimensionnés. Dans ce discours protéiforme et silencieux, la présence d'Edit Kaldor se révèle étrangement captivante malgré son immobilité. Sans doute est-ce dû à la manière dont l'espace temporel est disloqué par l'ordinateur. Un univers parallèle, de plus en plus envahissant, où la communication repose sur d'autres codes, suffisamment complexes et contemporains pour bâtir un spectacle ludique et pertinent.

Justin MORIN,
Publié le 2003-05-15

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : solitude, ordinateur, webcam,
Artiste(s) : Justin MORIN (rédacteur), Edit KALDOR (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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