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La nouvelle création de Meg Stuart
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La nouvelle création de Meg Stuart (mai 2003) devrait mettre en scène un jeu de survie où les règles logiques n'ont plus cours et où s'effondrent les significations habituelles.
Danseuse-chorégraphe américaine née des utopies des années 60 (quand Trisha Brown pouvait parler d'une «répartition démocratique du mouvement dans le corps tout entier»), Meg Stuart a grandi à New York parmi les ravages cumulés du Sida et des années Reagan. Dès son premier spectacle, Disfigure Study en 1991 (qu'elle reprend cette saison, à la demande d'Alain Platel), elle a fait émerger la figure aiguë d'une danse du désastre : architecture du mouvement fondée sur la dissociation et la déstructuration, dans un désenchantement de lignes brisées. Damaged Goods (biens endommagés) n'est pas innocemment le nom de sa compagnie.
Depuis 1996, avec No One is Watching, le Théâtre de la Ville accompagne cette ligne de tension où l'ossature même de la danse semble traduire la désagrégation du dehors (social, politique, culturel, corporel). Appréhension du monde en son chaos interne : le dramaturge Tim Etchells voit ainsi «le corps en tant que récepteur radio passant rapidement d'un émetteur à l'autre, trouvant des fragments décousus».
Installée à Bruxelles depuis le début des années 90, Meg Stuart a inauguré avec sa dernière pièce une résidence au Schauspielhaus de Zurich, à l'invitation du metteur en scène Christoph Marthaler. Alliance fructueuse : Alibi, premier spectacle créé dans ce contexte, se sera imposé comme une implosion radicale entremêlant dans son éclatement toute une généalogie de récits inachevés, d'informations disparates et d'expressions déchirées. Ravagés d'on ne sait quel cataclysme, corps d'outre-monde rejetés par le ressac de l'Histoire, nomades d'une lucidité éventrée par les coups de boutoir indistincts des actualités et du divertissement, réfugiés de toutes les déroutes. Une chorégraphie en état de choc, entre hébétude tremblée des corps et violence des impulsions physiques, visuelles et sonores. Meg Stuart devait peu ou prou retrouver la même équipe artistique pour sa prochaine création, à nouveau conçue entre Bruxelles et Zurich. Quelques intentions dramaturgiques en dessinent les premiers contours : un espace «borderline», traversé d'identités fluctuantes aux prises avec l'expérience du réel et les visions hallucinées qui peuvent en surgir, dans un jeu de survie où les règles logiques n'ont plus cours et où s'effondrent les significations habituelles. Ce ne sera sans doute pas de tout repos. Dans l'acuité d'une société qui défaille, Meg Stuart explore le corps du séisme.
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2003-05-05
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Meg STUART (chorégraphe), Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) : Théâtre de la Ville Paris 75001 , Sommerszene Salzburg Salsbourg , Kaaitheater Bruxelles 1000 , CAPITALS 2003 Lisbonne ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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