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Acteurs avérés/Individus faussés
Avant/Après
Un large panel de personnages et de saynettes représente une société clivée, qui a perdu l'accès à sa réalité propre. Créé au Piccolo (un petit théâtre à l'italienne) de l'Espace des Arts de Chalon sur Saône, Avant/Après vient au Théâtre National de la Colline du 15 mai au 20 juin.
Roland Schimmelpfennig est un dramaturge allemand de trente-cinq ans qui se range parmi les héritiers de Botho Strauss et de Peter Handke. Avant/Après est une pièce en mille morceaux sur le vécu et le semblant où sur trente-deux personnages, un seul philosophe encore. La metteur en scène, Michèle Foucher, issue de la mouvance du théâtre du quotidien, monte la cinquantaine de saynètes, parodie de programmation télé, à la recherche du réel. Elle invite aux côtés de septs acteurs professionnels, huit amateurs. Ceux qui ont joué la création à Chalon/Saône, sont remplacés à la Colline par des acteurs d'un atelier du XXème arrondissement. Impossible de départir les vrais comédiens des «faux» .
Au fond, ces rôles tout en surface sont à subir selon la mécanique des costumes et des décors ou du langage des clichés. De même, dans la comédie de la vie, un cadre peut imposer des attitudes. Les ambiances sur scène, vives, genre décor de tournage, châtoient et piègent le spectateur. La société se dessine en une machine à fantasmer où, pour exister, les individus se déforment et se mettent à la place du fantasme des autres, «pour rentrer dans le tableau»: « Être quelqu'un » via un look étudié, avoir des «rêves à réaliser», savoir «décorer» son «chez soi», etc. L'auteur situe le dérapage dans un rapport faussé au vécu. Une femme âgée se regarde dans les miroirs. Se reconnaître, dire «avant» ou «après», c'est question d'avoir été. S'il reste des fils narratifs dans Avant/Après, ils s'effilochent. Deux couples reviennent pour quelques scènes, ils illustrent le big-bang philosophique qu'est la rencontre, catastrophe vite enfouie sous la convention du ménage. Les êtres qui sont dans l'ersatz, vivent enfermés en eux-même. Dans sa création sonore, Sylvain Jacques hybride des beat assourdis à des petits bruits indéchiffrables comme entendus de derrière des parois ouatées. Les personnages sont inconscients. S'ils réalisent l'existence du cosmos, ils n'en pensent rien. Ainsi deux ouvriers s'étonnent-ils devant le ciel. L'un disparaît : l'autre s'enfuit. Même pris à témoins par le fantastique, suggère l'auteur, les post-modernes sont pris de court. Une seconde disparition a lieu. Un entrepreneur britannique a acheté un tableau dix-neuviémiste qui représente le paysage d'avant son usine. Dévoré de nostalgie, il rentre dedans et retourne dans le passé pour rebâtir le même monde, à partir de sa matrice inconsciente qui se situe bien en Angleterre libérale entre les délires d'Adam Smith et ceux des gentlemen farmers tout en apparences.
Une femme émerge hors du décor. Une actrice de métier, Maryvonne Schiltz. Son personnage se souvient d'un jardin de l'enfance. Quelqu'un vibre. Qui est-ce, sinon l'être hors l'identité, ni acteur, ni personnage, et qui seul entretient un rapport secret à la mort et au temps. Un rapport tel qu'il marque des encoches sur l'échelle d'une vie pour dater avant/après. Paradoxe, l'authenticité serait un travail d'acteur. Après Les enfants d'Héraklès (ms Peter Sellars) et Les Enfants d'Edouard Bond (ms Jerôme Hankins) qui incluaient des adolescents de quartiers voisins, Michèle Foucher jette un nouveau trouble sur l'art théâtral et interroge la capacité à être.
Mari-Mai CORBEL,
Publié le 2003-05-10
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : Allemagne,
Artiste(s) : Michèle FOUCHER (Metteur en scène), Mari-Mai CORBEL (rédacteur), Roland SCHIMMELPFENNIG (auteur),
Passage(s) : Théâtre National de la Colline Paris ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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