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La culture ouverte à la concurrence ?




Alors que Jacques Chirac souligne son attachement à la "diversité culturelle" ; le ministre de la Culture déclare que "l'Etat n'a pas vocation à tout faire ni à agir seul". Et concrètement, il confirme son intention d'ouvrir le "marché" de l'archéologie préventive à la concurrence.


Une fois n'est pas coutume, on peut se permettre de dire du bien de Jacques Chirac ! Le Président de la République vient en effet d'insister auprès de Valéry Giscard d'Estaing, qui préside les travaux de la Convention sur l'avenir de l'Europe, pour que soit préservée la notion de "diversité culturelle" dans les prochaines négociations au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce. Jacques Chirac demande que la future constitution européenne maintienne la règle de l'unanimité pour toute décision concernant le commerce des services, en soulignant que les domaines concernés (culture, audiovisuel, éducation, services sociaux et santé) "touchent au coeur du modèle social et culturel européen et [que] les opinions publiques en Europe y sont particulièrement sensibles".
Les dispositions actuelles en matière de politique commerciale prévoient "le commun accord des Etats membres pour conclure tout accord international portant sur le commerce des services culturels et audiovisuels, des services d'éducation ainsi que des services sociaux et de santé humaine". Mais plusieurs pays souhaitent que les décisions prises dans ces domaines le soient désormais à la majorité qualifiée -et non plus à l'unanimité- ; alors même que les Etats-Unis font actuellement pression dans les négociations commerciales internationales "pour abolir les dispositifs de soutien à la production audiovisuelle et culturelle des pays européens".
Dans le même temps, cependant, le ministre de la culture, Jean-Jacques Aillagon, estime dans un entretien mis en ligne sur le site internet de La Croix que dans le domaine culturel, "L'Etat n'a pas vocation à tout faire ni à agir seul". Citant l'exemple du Grand Palais, dont les travaux de consolidation et restauration s'élèvent à 130 millions d'euros, financés par l'Etat, il note que « pour mener à bien son rééquipement et son fonctionnement à vocation culturelle et commerciale, il faudrait remobiliser 150 M EUR. Je préfère que l'Etat fasse appel à un investisseur privé (...) plutôt que de prendre cette somme sur mon budget ».
Et s'il prétend que "l'Etat et les collectivités publiques (...) n'ont pas vocation à se désengager de leurs missions culturelles", Jean-Jacques Aillagon annonce toutefois qu'il présentera le 4 juin un projet de loi où, "pour les fouilles, les aménageurs (BTP) auront désormais le choix entre l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP, qui regroupe les 1.600 archéologues "urgentistes"), un service local ou un prestataire privé agréé et contrôlé par l'Etat". Concrètement, il s'agit donc d'ouvrir à la concurrence le service (ou le marché : quel marché ?) de l'archéologie préventive. C'est clair : les ossements et les vieilles poteries ne manifesteront pas ! Mais après l'archéologie préventive, à qui le tour ?


Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2003-05-10

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

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Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
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Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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