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Globale Europe
Cercle magique du Catalan Salva Sanchis et petits tours du collectif berlinois Two Fish.
Soirée très européenne, et très contrastée, pour l'avant-dernière semaine des Rencontres chorégraphiques de Seine Saint-Denis. Le Catalan Salva Sanchis avait trouvé au Colombier de Bagnolet le plateau, et le rapport scène-salle idéal, où faire rayonner son éclat de soliste, tel que la danse en révèle de temps à autre.
En fait c'est à Bruxelles que ce garçon vit et crée depuis huit ans, pour avoir fait partie de la première promotion de P.A.R.T.S. Venu du théâtre, Salva Sanchis a d'abord glissé vers le mime et l'acrobatie, et n'avait pas de véritable expérience, ni formation en danse, au moment où il fut accepté au sein de l'école créée par Anne-Teresa de Keersmaeker. De fait, tout son potentiel de parole semble comme redescendu dans sa gestuelle, au phrasé souple et tenu, teinté d'une paradoxale inquiétude tranquille. Tout juste lui reprochera-t-on un excès d'application sans surprise, perfectionnisme de P.A.R.T.S. oblige.
Salva Sanchis danse comme on ne le fait plus – ou comme on le fait moins, dans le contexte de la non-danse. Il danse simplement, efficacement ; avec immense talent. Soit un point central, marqué au sol ; et tout autour, une dynamique de tournoiements, naissant subtilement de torsions, de dissociations et de translations en plans horizontaux coupant sa silhouette, qu'il a nette. Le buste souverain, les bras segmentés, tout en posture détachée.
Sans tapage corporel, pratiquant une improvisation calme, Salva Sanchis a la nonchalance du déstructuré, l'élégance du dégingandé, un rien décalé, absenté. Sobre et dense. Beaucoup dans l'écoute. Aussi bien circonscrite dans une simple spination du pied, sa grande théorie circulaire, magique, peut s'amplifier et venir à s'emparer du plateau tout entier, dans une ample et belle ronde, étonnamment courue de dos.
Soit une qualité de danse absolument singulière, renouvelant encore, renouvelant toujours – ainsi donc se peut-il - l'inépuisable potentiel de cet art de l'invention de soi à l'instant de la projection dans l'espace. Clair, net, et dansé.
Le contraste était vif entre ce solo (intitulé GAP) et la pièce de groupe qui suivait, venue de Berlin, avec le collectif Two Fish. C'est volontiers dans des appartements que ces cinq jeunes gens d'un peu tous les pays, évoquent le quotidien de la vie en collocation, pour Christiane Müller, Gabriel-Max-Str. 2, 1st floor left, sur le mode du cut-up. A Bagnolet était représentée au contraire une version de plateau.
Dès lors, est-ce à un problème de nature d'espace qu'il faut attribuer la sensation de vide laissée par ce spectacle ? L'explication, commode, semble insuffisante. Car, impuissants à jouer sur les degrés et les codes de leur naturalisme, ces jeunes artistes ne parviennent qu'à illustrer l'inconsistance déprimante de leur vie générationnelle. Et leur intention – tellement tendance, tellement commune, en fait – de mêler danse et théâtre, trahit un grand manque de réflexion artistique. C'est-à-dire qu'en fait ils jouent la première tout comme on joue un texte, la ravalant à un niveau de tout-venant factice, annihilant son potentiel spécifique.
Les pièces GAP et Christiane Müller étaient programmés les 15, 16 et 17 mai au Colombier à Bagnolet, dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis.
Dernier programme ces jeudi 22, vendredi 23 et samedi 24 mai au Centre dramatique national de Montreuil : Exposition corps (création) de Saskia Hölbling, Jerusalem de Christoph Winkler et Grand Junction de Charles Linehan. 01 55 82 08 01.
Gérard MAYEN,
Publié le 2003-05-22
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Salva SANCHIS (chorégraphe), COMPAGNIE TWO FISH (collectif), Gérard MAYEN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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