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Les mécanismes du sens




En 1998 on découvrait, médusés, le travail d'un collectif italien qui n'a plus cessé d'approfondir son approche singulière de l'acte performatif. Les Kinkaleri ont révélé une véritable aptitude à mettre en lumière nos impossibilités dans des mises en situation caustiques et burlesques.


Dans une langue de l'autre côté de l'Adriatique, kinkaleri désigne le vaste ensemble d'objets que l'on regroupe en français sous l'appellation générique de bibelots. Par extension, ce mot désigne aussi le grand magasin, le bazar où l'on peut tout trouver, le plus souvent des choses qui ne servent à rien. Dans le bric à brac des Kinkaleri, on découvre aujourd'hui avec quelle constance ce collectif pluridisciplinaire -qui travaille aujourd'hui au Teatro Studio di Scandicci, près de Florence- a articulé un langage bien singulier en renouvelant les perceptions de l'espace, des corps et du temps. En 1998, 1,9cc GLX laisse donc le spectateur interdit. Une variation délirante autour de Pinocchio. Plutôt que d'illustrer le récit, nos italiens présentent la figure d'un orphelin solitaire. Une pauvre marionnette qui ne cesse de se heurter aux parois d'un labyrinthe sans pouvoir en enregistrer les limites. Une quête qui semble ne jamais devoir finir, où le même heurt se répète, obstinément. Dans My love for you will never die les protagonistes coexistent sans jamais vraiment se rencontrer. S'ils se livrent au public qui les regarde, c'est au travers de leur isolement. Empêchés, entravés, ils sont dans l'impossibilité d'échafauder une narration, même quelconque. Avec OTTO, présenté aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis, on retrouve cette même absence de communication. Incongrue mais jubilatoire. Une jeune femme danse et son baladeur constitue la seule source de diffusion de la bande-son. Deux hommes s'affairent et manipulent des objets. L'un d'entre eux s'effondre, immanquablement, encore et encore après qu'il soit entré sur scène. Ici ou là, de part et d'autre, chacun des trois laisse un objet, une trace qui marque l'espace de leurs différents passages. Encore cette fascination du heurt et la chute. Et ce temps mesuré par la répétition de gestes quotidiens. «L'espace, dans sa forme, est l'expression directe du lien entre la scène et le public; c'est un lieu marqué en pointillé par des actions indépendantes les unes des autres, mais si étroitement connectées entre elles par la linéarité du temps et les associations possibles qu'elles sont perçues comme une unité.» Dans OTTO, chacune des actions laisse derrière elle un résultat qui reste en soi indifférent, mais en les réunissant le temps d'une représentation, les Kinkaleri incitent le spectateur à les superposer et à les confondre. Pour mieux recomposer du sens dans le jeu sans cesse renouvelé des interprétations possibles.

Kinkaleri, au Centre Pompidou, à Paris, les 29 et 30 janvier 2004

David BERNADAS,
Publié le 2003-05-22

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : performance, interprétation, Italie,
Artiste(s) : David BERNADAS (rédacteur), KINKALERI (compagnie de danse),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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