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No Limit


Folle nuit au festival Corps de TeXtes à Rouen - édition 2003.



Le festival Corps de TeXtes s'étend du 13 mai au 18 juin 2003, dans la région rouennaise. L'envoyée spéciale de mouvement.net a suivi la nuit du 16 mai, première de deux soirées consacrées aux « Limites ». Où comment les excéder, dans la langue et dans le corps.


De notre envoyée spéciale.
Le festival Corps de TeXtes est une initiative âgée de deux ans. Alain Bézu et Marianne Clévy ambitionnent «de représenter le monde, d'enrichir d'expérience multiples les liens qui unissent aujourd'hui l'écrivain, le plateau et le spectateur, l'écriture en scène et l'histoire contemporaine.» Quatre thématiques ont été mises en places pour structurer la variété des propositions, une quarantaine en tout. Les vendredis 16 et 23 mai, sont consacrés aux Limites. Elles se tiennent sur un «campus théâtral». Ce campus se trouve au théâtre des Éphémérides, à une trentaine de kilomètres de Rouen, dans la petite commune rurale du Val de Reuil. En 1995, des artistes ont investi le site d'une usine hydraulique à l'abandon et depuis, le conseil municipal a validé le squatt. C'est désormais un lieu avec deux salles, ainsi qu'un hébergement qui permet des résidences. Pour les soirées, des tentes qui ont été montées, sont baptisées «chuchotoirs». Les spectateurs viennent y écouter de courtes lectures en position allongée. Cette idée est caractéristique de l'état d'esprit du festival Corps de TeXtes, où tout est fait pour briser les conventions.
Dans la nuit du 16 au 17 mai, de 21 heures à 4 heures du matin, les artistes se sont succédé quasiment sans interruption. En introduction, un texte de Pierre Guyotat, Eden, eden, eden, mis en espace par Jean-Luc Terrade dans une obscurité à peine veinée d'un faisceau faible. Quasi immobile et torse nu, l'acteur aux cheveux longs (Mathieu Boisset) débite selon la courbe tonale d'un murmure, ce texte qui joue sur la fascination de la mort et du sexe, sur leur révoltante beauté convulsive «explosante fixe, érotique-voilée, magique-circonstancielle» selon l'expression surréaliste. Des légionnaires en Algérie violent dans un hameau à demi désertique femmes et fillettes, sous un soleil accablant où le sordide, la crasse, la sueur, renvoient à une écriture énumérative, décomposée, en perte de connaissance. Le ton était donné. Les spectateurs ont enchaîné sur une proposition plus ludique mais dont le propos n'était pas moins troublant. Comment définir l'obscène? Emmanuel Wallon, maître de conférence en sciences politiques à Paris X-Nanterre, ainsi que les comédiens Catherine Dewitt et Maurice Attias, ont reçu le soutien des images judicieuses d'un vidéaste inspiré, Dominique Wittorski. Le problème était le suivant: la violence est moins censurée que la pornographie alors que les ravages de la seconde sont minuscules. Catherine Dewitt singea Blandine Kriegel filmée, auteur d'un rapport visant à censurer plus d'images. Une scène de braquage fut parodiée en quelques minutes par Emmanuel Wallon. Il dirigea un pistolet-jouet vers le public et hurla «A bisou now, I'am Harvey Keitel, etc. ». - Avec l'accent GI, c'était fondamental. À 23 heures, une vraie conférence, Le corps et L'actrice, par une philosophe italienne chargée de recherche au C.N.R.S. Son accent italien troublait l'exposé studieux auquel elle s'adonnait sous une lumière crue, et qui expliquait comme la société imposait au corps des rôles, et le corps à l'être des limites, que la pensée tentaient d'abolir. Soudain, les danseuses de Brigitte Dumez, sans un bruit, se lovaient entre les spectateurs, se renvoyaient les bribes d'un poème. Après leur passage, Michaela cita Personna de Bergamn. Elle dit que l'exercice du silence permettait aux héroïnes de sortir des rôles, de délivrer la parole incarcérée en elles.
Vers une heures, une ébauche de mise en scène par Wissam Arbache du Château de Cène, de Bernard Noël, fut proposée, première esquisse d'un projet attirant qui devrait voir le jour au CDN d'Orléans en 2004. Le texte a été découpé de façon significative quant au rapport de la mort au langage comme prédéterminant l'éros et ses fabulations fantasmatiques, Ils sont ses métaphores. Les acteurs font preuve de bonnes intuitions. Une scène suspendue où apparaît Ora-Mona-Hécate, et des ombres chinoises pour le viol du héros par des chiens sont de premières options valides. Le dernier texte, à quatre heures du matin, fut une lecture que Joël Cramesnil fit de son récit, autobiographique, sur l'inceste paternel, Un fils favori. Entre temps il y eut d'autres courtes performances. La vitalité, la mobilité, l'altérité qui travaillent Corps de teXtes, en font déjà un moment à part, singulier, authentique.


La nuit Hors Normes du vendredi 23 mai semble aussi prometteuse avec David Noir (aussi à Avignon cet été dans le off) et une performance La Vie est courte accompagnée de pénitents pour «un théâtre entièrement branlé à la main» et le Théâtre des Lucioles : Duetto à partir de textes de Rodrigo Garcia et Mes jambes si vous saviez, quelle fumée, ms Bruno Geslin ; autour de l'œuvre de Pierre Molinier, ce facétieux qui se photographiait en jarretelles.

Renseignements pratiques au Théâtres des deux Rives de 14H30 à 18H : 02 35 70 22 82


Mari-Mai CORBEL,
Publié le 2003-05-22

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : théâtre-texte,
Mot(s) Important(s) : limite, corps de textes, texte, contemporain,
Artiste(s) : Mari-Mai CORBEL (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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