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Private rooms


La mémoire de l'échange



Sarah Chase est danseuse et chorégraphe. Elle sait aussi conter des histoires. En utilisant les techniques de l'improvisation, elle associe la parole au mouvement pour réaliser de délicats portraits qui viennent enrichir la mémoire de ses rencontres.


Dans A Small Room, Sarah Chase révélait sa propre histoire au cours d'un dialogue avec un seul spectateur. Avec Private Rooms, elle franchit le seuil de l'altérité pour partager sa mémoire de l'échange. Après différentes étapes en Allemagne, en Belgique et au Canada, elle a fait étape à Paris pour visiter un appartement. Attendre le jour suivant pour rencontrer son occupant. Et s'entretenir avec lui plusieurs fois, pendant plusieurs heures. A l'issue de cette rencontre, la Canadienne partageait in situ une cartographie intime de ce lieu avec un nombre très réduit de spectateurs. Un portrait conté et dansé, jalonné de repères éminemment subjectifs. Une manière de partager la mémoire de cet échange. Car en convoquant le souvenir d'autres personnes pour y associer les siens, Sarah Chase dessine les contours indistincts d'une performance au fil de laquelle différents lieux et époques se chevauchent, et parfois se confondent. Au devant des mots, c'est tout naturellement que la musique et la danse semblent s'échapper d'elle. Pour révéler un esprit ouvert et attentif, doublé d'une profonde générosité. Le geste berce l'espace d'une énergie toute féminine. Pour que cette mémoire fasse corps avec elle. «J'ai toujours ressenti que mes mouvements faisaient resurgir des souvenirs. Je laissais venir ces images en dansant silencieusement jusqu'à ce que je travaille avec Benoît Lachambre pour un solo, en 1996. Il aimait la manière dont je racontais des histoires. C'est ainsi qu'iI m'a demandé de parler à voix haute dans ce solo. J'ai par la suite été surprise de constater combien il m'était naturel de continuer sur cette voie dans mon propre travail. Je retrouve des informations et des souvenirs insoupçonnés quand je suis en mouvement. A chacune des étapes, je suis surprise et je me réjouis de cela. C'est la raison pour laquelle je n'écris jamais mon texte. J'aime cet état dans lequel la parole se joint au geste, sans que je sois capable de déceler lequel précède l'autre. (...) C'est évident qui je révèle beaucoup de moi-même lorsque je raconte la vie des autres. Je suis le filtre au travers duquel ces histoires m'apparaissent et lorsque j'improvise, je choisis les détails que je raconte, je voyage dans le labyrinthe de ma mémoire en associant toutes ces informations à ma propre expérience. (...) Je reconnais que ma manière de raconter des histoires doit paraître très féminine. Lorsque j'étais enfant, je devais chaque soir raconter des histoires à mon petit frère, jusqu'à ce qu'il s'endorme. C'est assurément une tradition féminine qui est aujourd'hui remplacée par les médias. Quelque part, cela me rend triste. » Après les représentations en appartement, Sarah Chase reconduit l'expérience à la Fondation Cartier en déclinant une version scénique de Private Rooms. Réalisée dans un espace neutre, à partir de différents portraits qui ont fait l'ensemble de son projet, la matière y est plus abstraite mais tout aussi envoûtante.

David BERNADAS,
Publié le 2003-05-21

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : appartement,
Artiste(s) : Sarah CHASE (chorégraphe), David BERNADAS (rédacteur),
Passage(s) : Fondation Cartier pour l'art contemporain Paris 75014 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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