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Coup double pour Raffinot




Les deux solos de François Raffinot présentés au Forum Culturel du Blanc-Mesnil sur le thème du portrait sont inégaux : l'un se prend le chou et l'autre cherche son reflet au sol.


Le chorégraphe François Raffinot, qui a dû quitter son poste de directeur du département chorégraphique de l'IRCAM, à la suite de la nomination de Bernard Stiegler, a présenté P.R. On Line (Home Studio ), au Forum culturel du Blanc-Mesnil. Cette œuvre, créée durant son passage à l'IRCAM, se compose de deux solos dont le premier, P.R. est interprété par le danseur noir Patrick Rebus. On Line , le second, est dansé par la chorégraphe australienne Joanne Leighton. Il s'agit, chaque fois d'une tentative de portrait de l'interprète. Là où le solo propose, d'habitude, de resserrer l'attention sur un seul corps, sans papillonner ni folâtrer autour de chacune des personnes sur scène, François Raffinot multiplie les présences et les accessoires: un musicien, de la vidéo, et même des téléviseurs -pour l'un- sont placés sur un pied d'égalité avec l'interprète.
Pour P.R., il a imaginé d'installer huit téléviseurs côté cour. De l'un à l'autre s'effectue un passage de la position verticale (écran de gauche) à la position horizontale (écran de droite). Poursuivant sa tentative de déséquilibre visuel, il a fixé, sur un socle pivotant, une caméra vidéo, laquelle enregistre la prestation de Patrick Rebus, tête en bas, qu'elle restitue, en version ultra colorisée, sur chacun des postes. Tandis que le danseur nous offre le beau mouvement d'une seule coulée de ses gestes, depuis le bassin et les jambes bien campées au sol, son reflet passablement trafiqué semble chuter. Le trombone à coulisse de Benny Sluchin escorte le geste à sa façon. (Il interprète Animus de Luca Francesconi). Il tire de son instrument des sonorités proprement animées, avec des clapotements, des claquements de langue, toute une gamme de sons inusités. Cela semble même du bruitage en direct, lorsque, en tout début de représentation, le danseur passe des gants de caoutchouc, puis découpe un brocoli au scalpel. Cette tentative de narration à l'aide d'objets et de quelques mots proférés, sera vite déçue. Passées quelques minutes, les mots s'absentent, les objets s'effacent. Le reste est plus visuel et auditif. Raffinot utilise ses postes de télévisions comme le ferait un peintre, avec passages au rouge suivant de près les hurlements du trombone. Une dynamique plastique est certes à l'œuvre, hélas sans grande progression. Il y a bien un dépassement de chacune des techniques mais sans que soit véritablement créée une forme entièrement neuve.
On Line est plus abouti, qui «dresse le portrait» de Joanne Leighton. Elle vit et travaille en Belgique où elle fait aussi œuvre de pédagogue auprès de compagnies comme celle de Wim Vandekeybus, Rosas, entre autres. Cette femme jeune, à la mince silhouette blonde, vêtue d'une chemise longue beige sous laquelle apparaît une combinaison violette, a un sacré peps. De l'humour aussi comme le prouve cet exercice de «souffle en commun», qu'elle organise dans les gradins, durant le changement de décor. Le procédé mis en place par Raffinot n'est pas simple. Une caméra posée sur un rail en fond de scène, avance très lentement de cour à jardin, tirée par un homme en coulisses. On dirait qu'elle scande la durée (n'est-ce pas le propre de la musique?). La violoniste Hae-Sun Kang accompagne la danseuse avec du Pierre Boulez (Anthèmes 2). L'une et l'autre passent à point nommé devant l'objectif, dont les images sont restituées sur grand écran à jardin. L'œuvre, empreinte d'une palpitation quasi organique, est à l'image de la danse: Joanne Leighton orchestre ses trajectoires, en mouvements concentrés, concentriques, depuis les bras tendus qui semblent indiquer la direction. Cela fait une pièce tour à tour résolue et inachevée. Le système clos que Raffinot a fomenté, s'ouvre néanmoins, réajuste sa profondeur de champ, s'autorise au fond plus d'un possible. La silhouette préenregistrée de Joanne Leighton est encore restituée au sol, sous forme d'un négatif coloré. Elle danse et se regarde danser à terre, la tête penchée sur son reflet. Il y va de la mise en scène du narcisse moderne fasciné sur le mode technologique.

P.R. /On Line (Home Studio ) ont été présentés les 16 et 17 mai au Forum culturel du Blanc-Mesnil. Renseignements au : 01.48.14.22.33

Muriel STEINMETZ,
Publié le 2003-05-22

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : solo, portrait,
Artiste(s) : Muriel STEINMETZ (rédacteur), François RAFFINOT (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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