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Quartett



À Toulouse, au TNT-Théâtre de la Cité, Célie Pauthe met en scène Quartett du dramaturge allemand Heiner Müller, et place le combat des chefs Merteuil/Valmont au centre de tous les regards.


Toulouse (de notre correspondante)
Merteuil, Valmont. Deux fauteuils face à face, de part et d'autre d'une étrange arène blanche où chaque spectateur choisit son angle de vue. Deux regards qui s'observent à l'angle du ring, scrutant la faille, épiant la réaction. Aux jumelles, pour les détails croustillants. Revenus des Liaisons Dangereuses de Laclos, la marquise de Merteuil (Violaine Schwartz), visage huileux, poitrine plaquée, et le vicomte de Valmont (Pierre Baux), masque de craie, tenue délavée, s'offrent un bilan à l'heure de leurs tendres et cruelles retrouvailles d'outre tombe. Pour conjurer le sort, puisqu'ils ne sont pas tout à fait morts, les fins séducteurs, complices poussiéreux, se proposent de jouer. Au centre du dispositif, sur un disque surélevé également blanc, ils s'offrent un dernier duel d'amour par la mise à mort de leurs dernières tentations. En échangeant leur sexe et leur vie, ils jouent successivement leur propre rôle et la jeune Volanges, et la présidente de Tourvel. Le conflit plutôt que l'ennui. Les mots pour seule arme, le corps pour appât, le cœur pour victime. Subtils, grinçants, impitoyables, il se donnent du «madame» et du baiser de main. Attaquent avec élégance, parlent à la tête, celui qui cède a perdu.

Comme il le fait avec Hamlet lorsqu'il écrit Hamlet-Machine, Heiner Müller extrait des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos la relation entre les personnages de Valmont et Merteuil qu'il pousse à son extrême. Il poursuit l'histoire de ces bouffons tout-puissants hérités du XVIIIe, poupées désenchantées qui, sentant leur fin proche, s'entredévorent à coup de fantasmes. L'auteur forme ainsi un chœur de voix où il fait bon se perdre un instant, le temps d'observer la répartie d'un Valmont ou d'une Merteuil faire ses preuves sur le visage du voisin d'en face. Car pour Célie Pauthe, l'essentiel est dans ce dispositif panoptique entièrement blanc, où même est vu ce public habituellement planqué, qui ricane ou qui s'ennuie autour du Quartett. La metteur en scène s'est inspirée du modèle des prisons conçues au Siècle des Lumières, du panoptique de Bentham et des réflexions de Michel Foucault. Elle crée un théâtre de lumière, sans ombre, où public et comédiens partagent une même intimité dans ce jeu piège. Peu d'accessoires, une main gantée de rouge, une cordelette autour du cou, un oiseau en cage, un chapelet, les personnages ressemblent à des stars dégénérées, entre paillette et camisole. Like a virgin. Violaine Schwartz et Pierre Baux portent ce texte dense avec tenue, ils prennent le temps de s'arrêter, une grimace, une langue pendante, un crachat, un corps à corps mécanique de boîte à musique viennent rappeler sans cesse l'enjeu de ce duel pervers qui n'en finit pas.

Christelle LONGEQUEUE,
Publié le 2003-05-22

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : liaisons dangereuses, panoptique, perversion,
Artiste(s) : Christelle LONGEQUEUE (rédacteur), Heiner MULLER (auteur), Célie PAUTHE (metteur en scène),
Passage(s) : TNT - théâtre de la Cité Toulouse 31000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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