Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Bruxelles, premier week-end
En ouvrant le huitième édition du KunstenFESTIVALdesArts, Frie Leysen avec Longtemps, je mes suis couché de bonne heure. plaçait la huitième édition de la manifestation qu'elle dirige -depuis sa création en 1992- sous l'autorité de Marcel Proust.
Pour ajouter aussitôt qu'à Bruxelles, durant trois semaines, il ne serait plus question de se coucher de bonne heure. Et pour cause: avec pas moins de trente projets en provenance de quatre continents, le KunstenFESTIVALdesArts s'impose aujourd'hui comme une manifestation de haut rang. Ne serait-ce que dans sa manière d'accompagner les artistes et leurs projets. Pendant 23 jours, Bruxelles et ses invités démontrent qu'il est encore possible de cultiver une ouverture radicale. Sans concession, ni exclusion. Ainsi a-t-on remarqué, depuis déjà quatre saisons, cette mention rappelée sans ostentation en fin de programme: «En tant que festival international basé en Europe et travaillant régulièrement avec des artistes en diaspora, le KunstenFESTIVALdesArts soutient les individus avec ou sans papiers contraints à traverser les frontières. Nous restons solidaires de leur combat pour vivre dans la dignité et la liberté.» Une évidence qui se passe de tout commentaire mais qu'on aimerait quand même voir manifestée plus souvent.
Remuante dans sa diversité, difficile de ne pas s'attacher à Bruxelles/BRUSSELS/Brussel. Pendant tout le festival, on pourra suivre les pulsations de la ville en la parcourant à pied -Bruxellite est un programme de déambulations-rencontres dans la ville-, en taxi -les 11 voitures de Taxithéâtre sont menées par les comédiens du Théâtre Vingt-sept- ou bien encore en découvrant les reines et rois d'un jour, des bruxellois élus pour nous faire partager le décalage de leur quotidien -la Midnight special agency de Haug, Kaegi et Wetzel donne un un coup flash sur le réel, tous les soirs au Centre du festival.
Dès les premières heures, les fanas du festival apprennent deux annulations. Adapter Proust relève du défi, et deux des trois adaptations initialement prévues de la Recherche sont annulées. Partie remise, puisqu'on prend d'ores et déjà rendez-vous avec Eric de Kuyper et le Ro theater pour mai 2004. Malgré ces reports, les premiers jours au Kunsten relèvent du marathon. Après avoir été rassasiés de fraises, quelques smart drinks et une wild party au Recyclart, ces premiers jours mettent le spectateur dans de meilleures dispositions.
Deuxième nuit. Un échauffement était bel et bien nécessaire car les propositions de Benoît Lachambre et Myriam Gourfink jouent sur la durée et l'épuisement. En explorant le champ de la rencontre, le Canadien séduit avec un étonnant et joyeux foutoir, judicieusement adapté à l'espace des Bains. Le projet 100 rencontres explore le champ des possibles en offrant ses modules -ainsi que chacun des artistes qui les activent- à la circulation du spectateur. On les abandonne en plein(s) ébat(s) et plus loin, à quelques arrêts de tram, en regrettant de ne pas les avoir suivis dans l'Appartement. Au BSBBis Gourfink emmène sa danse millimétrée et abstraite hors du temps, c'est-à-dire jusqu'à l'aube.Le temps dilaté de Rare est soutenu par les nappes industrielles d'un Kasper T. Toeplitz tout en nuances.
Troisième jour. Le collectif belge Transquinquenal vient battre en brèche le confort du politiquement correct made in USA. In God we trust fait le lien entre une comédie de salon enlevée et grinçante qui contraste avec le long monologue qui lui succède en deuxième partie. A rebours, l'ensemble de la pièce devient grave, profond, mental. A quelques mètres des Tanneurs, la Chapelle des Brigittines est somptueuse dans sa décrépitude. Mais Open house, de l'Argentin Daniel Veronese déçoit. A trop vouloir traiter de la solitude et de l'abandon, ses dix jeunes acteurs accaparent le spectateur avec un pathos qu'ils assènent plus qu'ils ne partagent. Plus tard dans la soirée, à la Raffinerie, quatrième étape de la Tragedia Endogonidia de la Societas Raffaello Sanzio. En s'interrogeant sur la fin -du héros- que la tragédie porte en elle, Romeo Castellucci livre un véritable bijou. Après le saisissant opus berlinois, l'étincelant BR.#04 confirme tout l'intérêt d'un projet au long cours qui s'attarde dans notre capitale préférée sur l'énigme de ce qui nous fait apparaître au monde en concentrant le temps de toute une existence. Impossible d'en sortir indemne.
Quatrième soirée. Aux Halles de Scharbeek, Christoph Marthaler s'empare de l'essence fragile et tourmentée de 20 lieder de Schubert. Dans Die Schöne Müllerin, il propulse ses personnages dans le hall décati d'un hôtel alpin. Pour les livrer à l'attente d'un événement qui semble ne jamais devoir survenir. Désabusés, absents, dégingandés, ils sont parfois pris d'irrésistibles surgissements sur une partition qui révèle un véritable sens de la rupture et du rythme. De qui nourrir l'envie de revenir au Kunsten de Bruxelles, encore et encore.
David BERNADAS,
Publié le 2003-05-20
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : David BERNADAS (rédacteur), Christoph MARTHALER (metteur en scène), Romeo CASTELLUCCI (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :