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L'éternel début

Premières reconnaissances

Chapeau : Du 23 au 26 octobre 1998, des rencontres intitulées: «Débuter au théâtre aujourd'hui: Metteurs en scène et compagnies», se sont déroulées au théâtre de la Cité Internationale. Les thèmes abordés allaient de l'émergence à la reconnaissance, de la filiation à la rupture.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique (Mots-clés : )

Genre Ressource : édito / chronique

Apparence :

Rubrique : 3

Serge SAADA rédacteur
Georges LAVAUDANT Metteur en scène
Jean-Pierre VINCENT Metteur en scène

Texte : Les premières reconnaissances médiatiques légitimisent auprès du plus grand nombre une démarche artistique souvent engagée depuis des années et font parfois passer pour un début une deuxième ou troisième expériences.
On s'accorde à dire que les premières mises en scène sont porteuses d'incertitudes et d'hésitations alors qu'indépendamment de leurs qualités, elles dégagent surtout une énergie unique que l'artiste s'efforcera de conserver ensuite. On peut alors les comparer au premier tableau ou symphonie, qui affichent encore cette immature beauté, séduisante trace d'inaccomplissement.
Les jeunes metteurs en scène invités semblent puiser de leur légitimité naissante une salutaire liberté, sur-énergie du geste inaugural ou simple désir de dire un peu plus fort qu'ils existent. . .
Dans la précarité des marges on observe le monde avec parfois plus d'acuité. . .
J'étais comédien et je n'avais plus de travail. . . Personne ne montait mes textes. . . Je ne connais pas d'autre moyen de gagner ma vie. . . On m'a poussé. . .
Voici autant de raisons qui conduisent à débuter dans la mise en scène.
La génération qui a émergé à la fin des années 60 s'est réalisée dans un climat très fortement marqué idéologiquement où il était naturel de concilier un parcours artistique et une définition politique.
Comme le rappelait Jean-Pierre Vincent, l'engagement politique des metteurs en scène s'inscrivait alors de façon naturelle et évidente dans toute création artistique. Il s'agissait moins d'affirmer une responsabilité que de faire partie de son époque, de l'air du temps.
Puis des générations se sont succédées sans qu'il soit possible d'en dégager une cohérence tant l'explosion des formes, des repères et le relativisme des convictions politiques semblaient accompagner la diversité ou le morcellement des esthétiques.
Laissant derrière elles la chute des idéologies dominantes, les années 60 ont révélé des artistes qui en toute honnêteté ne peuvent s'inventer une révolte illusoire, emprunter un discours social ou politique qui semblerait construit pour la circonstance ou inscrit dans une stratégie de compromis ou de «fourvoiement» avec l'institution.
Dans un pays où l'on parle de tradition pour en pointer les défauts, dans une culture où les critères de jugement d'une oeuvre sont heureusement subjectifs, les jeunes metteurs en scène d'aujourd'hui s'opposent plus à des modes de production, à une règle du jeu, qu'à une histoire du théâtre. Comme le rappelait Georges Lavaudant, l'esprit de révolte ne s'enseigne pas. Ce sont sans doute des réflexions proches qui faisaient dire à Raymond Devos, lors d'un entretien télévisé, que les artistes (comiques, en l'occurrence) devraient à présent chercher les valeurs qui résistent encore, tant il est convenu de se moquer de l'académisme, de l'État, de l'armée, de l'église, des bourgeois. . .
Lors des rencontres, les metteurs en scène invités ne dissociaient jamais leur itinéraire artistique de leur itinéraire de vie. Certains tiennent toujours à relativiser leur légitimité et précisent qu'une ou deux mises en scène n'autorisent personne à s'autoproclamer chef de troupe. Pour eux, le métier de metteur en scène est moins un statut qu'une condition.
«Je pense que j'exerce quelque chose d'illégitime, je m'auto-déclare metteur en scène, je crois que je suis un escroc et ça me fait du bien» (Renaud Cojo).

Date de publication : 02/01/1999


Mots-clés : mise en scène, rencontre, transmission, rupture
Inséré le : 06/08/2001 00:00
Thèmes : théâtre,