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Etat de grève à Kerguéhennec

Corps en suspens

Chapeau : Lorsque vingt chorégraphes-danseurs-chercheurs se réunissent à Kerguéhennec, que viennent-ils faire? Ils se révèlent être en états de grève, dans cette ébullition des pensées et des corps qui caractérise un intense travail pour penser les conditions de leurs pratiques artistiques.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 3

Isabelle LAUNAY rédacteur
LES SIGNATAIRES DU 20 AOUT chorégraphe

Texte : Réuni par un souci politique, le groupe du 20 août ne se définit pas par une défense d'intérêts corporatifs pour affirmer puis contrôler une position et se préserver une mince part du gâteau des subventions. Il est en revanche une riposte à la polarisation, depuis le milieu des années 80, de l'activité chorégraphique par des structures et un système global qui n'ont pas encouragé leurs reponsables à constituer bien souvent un projet artistique qui aille au-delà d'eux-mêmes. Manquant les dimensions politiques de leur travail et de leur responsabilité d'artiste, et parce que le contexte ne l'exigeait pas avec cette acuité dans les années 80, le milieu chorégraphique s'est abstenu d'une réflexion approfondie sur son propre mode de fonctionnement, comme sur ses outils de travail. Et si certains artistes peuvent afficher une position politique ou revendiquer la posture de l'artiste engagé, elle est rarement en acte dans le fonctionnement des compagnies, dans la pédagogie, et souvent illisible dans les créations chorégraphiques elles-mêmes. Si ces cadres ont pu participer et soutenir l'effervescence de la danse contemporaine, ils ne sont plus aujourd'hui adaptés à de nombreux projets chorégraphiques qui n'y pourraient plus être viables ou mêmes visibles.
La renommée n'est le garant de rien, la reconnaissance par la subvention non plus. Nous n'en sommes pas la dupe, elles n'assurent pas d'une reconnaissance que nous souhaitons au lieu même où chacun désire se situer à un moment donné de son parcours. Si cet horizon ne peut qu'être évoqué, il demeure une trop grande disparité entre les ambitions singulières des artistes et celles de la politique de l'Etat en matière de danse. Aussi est-ce par sa dynamique, qui constitue en soi un événement face à la politique du «diviser pour régner», que le groupe révèle une force aux antipodes de celles qui entendent «gérer» les mouvements de la danse contemporaine. Nous ne cherchons pas à «gérer» nos carrières mais à créer les conditions de notre travail et d'une attente, avoir moins d'assurance vie pour plus de capacités de négociations et la maîtrise de nos formes d'intervention. Prendre le temps de mesurer les exigences d'un contexte pour définir des propositions artistiques qui remettent en cause tout rapport marchand au corps, le temps de penser à la fois le projet et ses moyens et le projet comme processus. Notre relation aux pouvoirs publics n'a pas à se jouer de la même façon pour tous et nous n'abordons pas les difficultés de la profession comme des rubriques administratives parce que nous sommes responsables de l'argent public.

Date de publication : 02/01/1999


Mots-clés : rencontre, espace, singulier
Inséré le : 07/08/2001 00:00
Thèmes : politique générale, danse, politiques culturelles,