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Grain de sable au Palais de Tokyo
Un grain de sable dans l'organisation de la prochaine exposition du Palais de Tokyo révèle des dysfonctionnements qui mettent en cause la vocation du lieu à être réellement un site de création contemporaine. Dans une lettre ouverte, le collectif d'artistes bureau d'études expose les faits.
GNS: l'art contemporain et la topographie, est la prochaine exposition phare du Palais de Tokyo organisée sous l'impulsion de Nicolas Bourriaud, co-directeur du site de création contemporaine et en l'occurrence commissaire. L'exposition n'est pas encore ouverte et crée déjà des remous. Le Bureau d'études, collectif d'artistes crée en 1999, invité pour l'exposition refuse finalement d'y participer. Leur refus argumenté dresse un portrait au vitriol des préparatifs de l'exposition.
La focale de l'exposition est clairement mise en avant : «la géographie des artistes contemporains explore désormais les modes d'habitation, les multiples réseaux parmi lesquels nous vivons, les circuits par lesquels nous nous déplaçons, et surtout les formations économiques, sociales et politiques qui délimitent les territoires humains.» Répondant à l'invitation de Nicolas Bourriaud, le Bureau d'études propose «une publication traitant au travers de cartes, du durcissement policier dans les transports en commun parisiens et de la question de la gratuité des transports publics. Elle devait être diffusée massivement dans les réseaux souterrains de la RATP». Seulement voilà, Nicolas Bourriaud ne pensant pas pouvoir justifier une intervention exclusivement hors les murs auprès de ses financeurs demande au collectif de faire également une intervention sur le site du Palais. Déjà, une contradiction difficile à dépasser émerge : comment une exposition qui veut être le reflet de la géographie des artistes contemporains ne parvient pas à défendre l'idée d'une mobilité des interventions artistiques? Viennent ensuite les questions d'argent au travers desquelles on apprend que les artistes seront rémunérés par le seul prestige de leur intervention, n'était un per diem s'élevant à un total de 500 euros pour le collectif et des frais de production tout à fait minimes. En fin de compte, le bureau d'études proposait donc de faire gratuitement une publication de 10 000 exemplaires imprimés par le Palais de Tokyo. Mais les artistes n'ont pas accepté la dernière clause imposée par le commissaire : la publication ne pouvait être distribuée qu'à l'intérieur du Palais de Tokyo. Dans une lettre ouverte, ils affirment : «L'urgence du présent et la volonté de rester cohérent avec nos positions, nous poussent à refuser de participer à l'exposition GNS organisée par Nicolas Bourriaud au Palais de Tokyo en juin 2003. Nous refusons parce que nous ne croyons pas qu'un tel espace puisse faire entendre nos positions artistiques. Nous refusons aussi parce qu'en période de durcissement du système productif en général et de démantèlement programmé du service public de la culture en particulier, il est urgent de mettre en oeuvre des exigences critiques, sans lesquelles l'art devient un pur instrument de pacification sociale», et ils poursuivent : «Paradoxalement, les discours et postures critiques dans l'art contemporain paraissent tout aussi pacifiant dans certaines conditions que des discours ou postures plus conservatrices (cf. l'exposition de Jérôme sans «Hardcore vers un nouvel activisme»). Les expositions d'art politique à la mode, partout en Europe suite aux immenses protestations contre la mondialisation libérale et la guerre, participent de tentatives pour les récupérer ou les pacifier».
A travers le récit des aventures du bureau d'études au Palais de Tokyo une question essentielle dans le paysage de la création contemporaine se voit donc posée en des termes on ne peut plus clairs. Comment une activité artistique critique peut-elle rencontrer un public alors que les structures qui médiatisent cette rencontre ne rémunèrent pas les artistes, ne leur offrent pas les moyens de leur création et qu'elles apparaissent pour la plupart comme des interfaces aseptisant les propositions. Bref, le Palais de Tokyo comme beaucoup d'autres lieux nous feraient prendre des vessies pour des lanternes an tuant dans l'œuf ce qui pourrait être la production d'un langage critique ? Voici maintenant presque un an et demi que le palais de Tokyo est ouvert, si au départ l'indulgence était de mise face à un lieu qui portait tant de promesses et qui, comme on aurait pu le croire, avait du mal à trouver son rythme, à gérer son espace, il importe aujourd'hui de rappeler à ses directeurs certains impératifs incontournables de la création vivante.
Léa GAUTHIER,
Publié le 2003-05-21
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) : art plastique, politique culturelle, institution,
Mot(s) Important(s) : Palais de Tokyo,
Artiste(s) : Léa GAUTHIER (rédacteur),
Passage(s) : Palais de Tokyo Paris ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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