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Pour une approche esthétique des nouveaux cirques

Pratiques en rupture

Chapeau : Dans les années 70, le cirque fait sa mue. Une fois apaisée la querelle des Anciens et des Modernes, reste à appréhender ces nouvelles formes de spectacles. Composites et hybrides, elles s'inventent parfois des architectures et des scénographies singulières.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 3

Jean-Marc LACHAUD rédacteur
ARCHAOS cirque
BARTABAS cirque
LE CIRQUE BAROQUE cirque
LE CIRQUE GOSH cirque
VOLIERE DROMESKO cirque
FOOTSBARN TRAVELLING THEATRE cirque

Texte : Si les circassiens continuent de hanter avec évidence la piste, ils ne sont plus ces «vedettes» qui présentaient, en un temps limité, un numéro isolé démontrant leur virtuosité. Le métier subsiste et le risque persiste, mais ils ne sont plus des fins en soi(12). Ils restent certes des «performers», «physiquement et psychiquement» là «devant le spectateur» selon la définition de l'acteur donnée par Patrice Pavis(13); mais, au-delà de leur activité précise (trapéziste, fil de fériste. . .), ils sont sollicités pour assurer la consistance d'un tout, se mettant à la disposition d'un collectif ou d'une oeuvre à réaliser, mus par une intention artistique globale. Aussi, sont-ils tout au long de la production mobilisés, amenés à délaisser leur spécialité et à pratiquer des exercices et des travaux divers. En ce sens, la polyvalence est requise à plusieurs niveaux. L'effritement d'une division rigide du travail (de la répartition des rôles, qui deviennent interchangeables) est claire (l'acrobate peut effectuer quelques pas de danse, le jongleur devenir momentanément mime . . . l'ouvreuse peut se transformer en clown, l'équilibriste en garçon de piste. . .).
Les artistes en piste n'existent pas seulement par les actions auxquelles ils se livrent, par leurs déplacements chorégraphiés ou non. . .; ils déclinent l'originalité identitaire du spectacle par leurs paroles (dialogues, monologues. . .), leurs cris, leurs souffles. . . ou leurs silences éloquents. Qui ne fut impressionné par le récit du commentateur (s'exprimant en off) nous donnant à entendre la réalité brésilienne, reconstruisant l'histoire en devenir de ce pays entre soumission et libération («Metal clown» d'Archaos)? Qui ne fut ému par ce fragile individu nous livrant dans un chuchotement-interpellation parfois violent ses méditations sur l'existence humaine («Vertiges» de la Volière Dromesko)? Qui n'est secoué par la fureur dévastatrice des mots et des phrases éructés dans «Ningen» du Cirque Baroque? L'élément textuel (y compris donc son absence présente) participe absolument, selon des modalités et des intensités diverses, au déroulement et à l'évolution du spectacle. Ça parle! Les dispositions textuelles varient (altération, appropriation, restitution. . .); les registres sont divers et sans tabous. Il faut enfin signaler que le textuel accède à la signifiance, dans le contexte cirqueste, dès lors qu'il est lié au gestuel, au visuel, au sonore. . .
Le tissu musical n'est plus accompagnement extérieur. Il se détourne d'une simple et pauvre fonction ornementale, sans être pour autant subordonné aux actions de la piste. Les musiciens n'étant plus exclus, la musique apparaît un élément clé pour que prennent sens les tensions entre gestes, images et sons. La musique des nouveaux cirques plonge le spectateur dans un espace incertain, là où se jouent les possibles, dans les plis et déplis de l'action elle-même. Si des failles musicales sont ainsi ouvertes (comme lorsque le Cirque en Kit introduit des percussions), elles ne font qu'intensifier la plénitude de la représentation. Par ailleurs, les éléments musicaux tissent une toile sonore laissant advenir des emprunts surprenants dans un brouillage créateur. Une authentique mémoire musicale est convoquée parfois (musiques et chants traditionnels berbères par Zingaro, musiques dites classiques par Semola Teatre, musique rock par Archaos. . .). La musique elle-même peut devenir subitement silencieuse, tout comme les bruits de la vie subrepticement captés, sont également mis à contribution (sans oublier des formes populaires telles que la fanfare. . .).
Dans la pénombre d'une bougie ou sous les feux de clarté du laser, habillés ou déshabillés, grimés, masqués ou à visages découverts, les artistes agissent en affinité avec l'atmosphère recherchée par le créateur du spectacle et portent sur eux les marques de leur personnage ou de ce qu'ils sont censés évoquer. Les lumières, les costumes (les vêtements de scène -du look destroy d'Archaos aux costumes slaves de la Volière Dromesko- s'insurgent contre le luxe des paillettes), e

Date de publication : 02/01/1999


Mots-clés : hybride, mise en scène, décloisonnement, corps
Inséré le : 07/08/2001 00:00
Thèmes : cirque, théâtre,