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Conférence débat à l'école d'architecture de la ville de Versailles
MANÈGE 05: Désobéissance
Le débat s'articule autour des notions de désobéissance, de nomadisme et d'éphémère à travers les expériences de Patrick Bouchain et de Daniel Buren dans les champs de l'art et de l'architecture. Un film présentant une sélection des travaux réalisés par Daniel Buren sera projeté avant le débat.
Patrick Bouchain, 57 ans, a su retirer le sens de la simplicité, de la qualité et de la rigueur de son expérience de vingt années d'architecture. Il garde de son expérience d'enseignant le don d'écouter, d'expliquer simplement et de convaincre pédagogiquement. On pourrait dire qu'il appartient à cette catégorie de créateurs qui, discrètement, sans vacarme médiatique, inventent Ie présent et investissent leur talent pour trouver des solutions innovantes, tellement innovantes qu'elles paraissent évidentes.
Pendant plus de dix ans, il enseigne le dessin et I'architecture l'école Camondo et à l'Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle de Paris. Parallèlement, il mène sans relâche sa carrière d'architecte ; il conçoit, il réaménage, il construit et, parmi de nombreuses réalisations, on trouve notamment son empreinte dans l'école d'architecture de Paris-Belleville, dans le Centre National d'Art Contemporain de Grenoble (Le Magasin), dans le Musée de l'Automobile de Châtellerault, dans le théâtre équestre “Zingaro” à Aubervilliers, dans l'auditorium des Rencontres Musicales d'Evian, dans la coordination générale du réaménagement des jardins des Tuileries, dans les nouveaux bureaux Valéo à Verrière-Trappes,
dans le complexe de salles de cinéma Pathé à Lyon, etc., mais aussi dans des réalisations plus “éphémères” où se conjuguent ses qualités d'architecte et de scénographe les gradins du Bicentenaire de La Révolution sur la place de La Concorde, la célébration de la Bataille de Valmy, La 1ére et 2ème biennale d'Art Contemporain à Lyon, etc. Récemment, il a réalisé les aménagements scéniques de l'Académie du spectacle équestre dirigée par Bartabas, installée dans la Grande Ecurie du Roy à Versailles.
Comme directeur de l'Atelier d'Architecture et d'Urbanisme de la ville de Blois (1988-1993), il se consacre plus particulièrement à “l'art urbain”, s'attachant à trouver les réponses concrètes à une question si importante aujourd'hui comment aménager une ville pour qu'il y fasse “bon vivre”?
A Boulogne-Billancourt, devant regrouper tout le personnel de Thomson Multimédia dans une ancienne usine située près de la Seine, il se trouve à nouveau confronté à une situation qui stimule particulièrement son imagination et son pragmatisme: comment faire du contemporain avec de l'ancien ? Comment faire de la qualité avec une grande rigueur budgétaire ?
Comment faire du beau qui soit pratique, utile et confortable?
A Nantes, il s'agit encore d'une usine abandonnée. Squattée, elle devait devenir un lieu culturel fort de la ville, les “allumés” qui l'occupaient, devant pouvoir continuer d'y “produire de l'imaginaire”. Un lieu certes, trop contraignant, trop présent, mais néanmoins malléable. A une époque où il y a trop de trop, "LU" devait être un modèle du moins, du strict nécessaire.
Son activité est plus particulièrement axée sur les arts du spectacle, la mobilité et l'éphémère. Il la résume en ces termes : "Aujourd'hui, ce qui m'intéresse, c'est de comprendre le besoin. Je crois à l'explication, à la vision collective des problèmes et à la décision individuelle. Pour réaliser un projet, il faut être un observateur, écouter jusqu'à repérer dans le désordre la chose qui fait que tout concorde, soudain que tout devient juste. C'est exactement comme un travail de metteur en scène."
Extrait de l'entretien avec Suzanne Pagé
In Daniel Buren « De la couverture » XLIIe Biennale de Venise, juin 1986
"Ce que j'entends par oeuvre éphémère est identique à ce que j'en pensais il y a vingt ans. D'abord, éphémère c'est combien de temps ? Quinze jours, quinze ans, cinquante ans ou deux mille ans ? Au-delà qu'avons-nous ? Et de quel espace temps parle-t-on au sujet de l'art ? Par rapport à la naissance de l'humanité qu'est-ce que cela veut dire ? Que veulent vraiment dire au sens propre les termes d'éternité, d'immortalité en art ? Là encore nous abordons un problème d'échelle.
L'éphémérité de l'art, c'est sa grandeur et sa dignité. Toutes les oeuvres devraient avoir l'ambition d'être éphémères. Ephémère en ce sens veut dire : ne pas avoir la prétention que ce que l'on fait va automatiquement intéresser qui que ce soit aujourd'hui et encore moins dans les générations futures. C'est accepter nos limitations, nos petites connaissances, notre époque, notre misère, nos frêles espoirs et nos grands désespoirs. C'est accepter également que la durée, pas plus que la quantité, ne sont synonymes de qualité. C'est accepter qu'un éclair peut se graver dans la mémoire tout autant qu'une pyramide. La durée dans le temps est une question d'adéquation avec le site, la commande et/ou l'usage. Si l'on sait que l'oeuvre à accomplir doit durer vingt jours et qu'on emploie des matériaux durs, chers et difficiles à transporter comme s'il s'agissait de faire un oeuvre devant rester sur place pendant cinquante ans, c'est simplement aberrant. Faire, en revanche, une oeuvre publique avec des matériaux qui ne résistent pas aux premières intempéries, en d'autres termes, sans se soucier des problèmes propres au climat et au lieu, c'est tout aussi aberrant. Il n'y a donc pas plus d'oeuvre éphémère qu'il n'y a d'oeuvre petite ou grande. Il n'y a que des oeuvres à l'échelle, des oeuvres qui dépendent des contraintes propres à leur élaboration, des oeuvres de leur temps et lieu. Il y a des oeuvres, et c'est une notion de l'éphémère, qui, bien qu'existant dans les caves des Musées, sont complètement oubliées. Elles existent mais elles ont disparu de nos pensées, de notre savoir. A leur manière elles sont tout aussi éphémères que d'autres de la même époque qui n'ont pas physiquement résisté au temps."
Publié le 2003-05-07
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : art visuel, architecture, esthétique,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Daniel BUREN (plasticien), Patrick BOUCHAIN (architecte),
Passage(s) : Ecole d'architrecture de Versailles Versailles 78000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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