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Agitateurs et rénovateurs du cirque
L'esprit subversif des années 70
Chapeau : En écho aux utopies soixante-huitardes, des pratiques en rupture (reposant sur l'expérimentation, voire la provocation. . .) s'insurgeaient contre les figures persistantes du passé et cherchaient à faire surgir de nouvelles pensées et pratiques du cirque. Panorama.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Rubrique : 3
Jean-Marc LACHAUD rédacteur
Annie FRATELLINI cirque
Alexis GRUSS cirque
Sylvia MONTFORT cirque
FOOTSBARN TRAVELLING THEATRE compagnie de théâtre
LIVING THEATRE compagnie de théâtre
Texte : «Sous les pavés, la plage», proclamaient les murs soumis à l'imagination libertaire en mai 1968. En résonance, l'été avignonnais sera chahuté par le militantisme artistique et politique du Living Theater. Des brèches s'ouvraient. Ces années-là seront chaotiques mais productrices, utopiquement concrètes.
Le Grand Magic Circus et ses animaux tristes s'exprime volontairement dans la rue. Jérôme Savary privilégie les spectacles-événements, les actions et les parades (avec bonimenteur, grosse caisse et acrobates)(1). En complicité avec l'esprit subversif et ludique de l'époque, affirmant faire «politiquement du théâtre», volontiers frondeur au regard des conventions morales bourgeoises, ces interventions bousculent les étiquettes formelles et enchantent par leur fraîcheur, leur acidité, leurs trouvailles. Jules Cordière, élève des Beaux-Arts et adepte du happening, réunit les saltimbanques (cracheurs de feu, briseurs de chaînes. . .) au sein du Palais des Merveilles, réhabilitant ainsi leurs savoir faire et leurs trucs. En 1971, dans les Cornouailles des hippies, épris d'idéaux (communautarisme, égalitarisme, itinérance. . .) mêlant l'art et la vie, dans un esprit festif, ébauchent leur théâtre populaire «sans frontières», favorisant la libre «communication des cultures».
Depuis, installé à Hérisson dans l'Allier, le Footsbarn Travelling Theatre n'a pas quitté le chapiteau au sein duquel sont adaptés les classiques du théâtre (Molière, Shakespeare. . .) et utilisés des matériaux lointains (contes africains. . .). Saltimbanques, ils créent des spectacles qui se situent radicalement au-delà des classifications, en empruntant des spécificités (de jeu, techniques. . .) au théâtre certes, mais également au théâtre d'ombres, à la danse, aux arts du masque et de la farce, au cirque, sans oublier d'inclure musiques et chants.
D'autres noms (Théâtre à Bretelles, Théâtracide, la Toile Filante. . .), des lieux aussi (Padirac et ses saltimbanques, Aix-en-Provence ville ouverte grâce à Jean Digne. . .) restent emblématiques de cette ébullition furieuse et joyeuse. Bien des passerelles se multipliaient, de la rue au cirque et inversement. Ce souffle venu de l'extérieur, l'engagement de quelques enragés ébranlent les images dominantes du cirque. Durant une décennie, en effet, des troupes et des communautés d'artistes se constituent et expérimentent, en retravaillant une multitude de petites formes et en assumant des influences hétérogènes. Le Cirque Bonjour, le Puits aux Images, Maripaule B. et Philippe Goudart, le Théâtre des Manches à balais, le Cirque Bidon, le Cirque Aligre, Les Matapeste. . ., selon leurs identités particulières, seront d'acharnés inventeurs-précurseurs. Mentionnons également l'originalité du Cirque de Barbarie. Barbara Vieille, élève d'Etienne Ducroux et de Annie Fratellini, conçoit un cirque sans doute unique au monde, puisqu'animé uniquement par des femmes de nationalités diverses.
D'autres personnalités, au sein du sérail, prennent conscience de l'urgence d'une rénovation. Alors qu'ils sont en tournée avec le Cirque Pinder en 1971 -Pierre Etaix a convaincu Annie Fratellini de devenir à ses côtés la femme-clown dont nous nous souvenons avec émotion, alors qu'elle avait abandonné le cirque depuis une quinzaine d'année-, la nécessité d'une Ecole nationale du Cirque s'impose à eux (une Association est officialisée dès 1972, l'école ouvrira ses portes en 1974). Depuis cette date, de nombreux artistes, intégrant les grands cirques classiques ou participant à l'aventure des nouveaux cirques seront formés. De même, certains personnages, tel Philippe Decouflé, renouvelleront, sans oublier cet apprentissage d'autres arts. Simultanément, Sylvia Montfort accueille en ses murs, en 1974, l'Ecole au Carré dirigé par Alexis Grüss. Celui-ci souhaite revaloriser la noblesse des origines du cirque et s'engage dans une pratique réactualisée du cirque à l'ancienne.
(...)
Date de publication : 02/01/1999
Mots-clés : mouvement, avant-garde, années 70, utopie
Inséré le : 07/08/2001 00:00
Thèmes : théâtre, cirque, arts de la rue,