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Corps hallucinés


Visitors Only



Meg Stuart crée avec Visitors Only une chorégraphie spectaculaire sur les troubles sensoriels. Au Théâtre de la Ville à Paris, du 4 au 6 juin.


Zurich (correspondance)
Qu'ont en commun un neurologue, un professeur de chant et un hypnotiseur? Pas grand chose à première vue. Mais ils sont intervenus tous les trois comme experts aux répétitions du dernier spectacle de la chorégraphe américaine Meg Stuart, Visitors Only. Européenne de cœur, installée à Bruxelles avec sa compagnie Damaged Goods, elle a sidéré le public zurichois au début du mois lors de la première mondiale de cette nouvelle pièce au Schiffbau, halle industrielle parmi les plus chics de la métropole et scène prisée du Schauspielhaus, où Meg Stuart est artiste en résidence sous le règne de Christoph Marthaler.
Avec le limogeage de ce dernier l'an passé par son conseil d'administration, puis sa rapide réintronisation face aux protestations de la rue et de professionnels de la culture de partout en Europe, la Suisse a failli perdre le privilège d'accueillir sur son sol les créations époustouflantes de la chorégraphe. Visitors Only, dans la droite lignée d'Alibi, créé en automne 2001, est une mise en corps spectaculaire des troubles sensoriels qui hantent l'homme occidental d'aujourd'hui. En travaillant sur la transformation et la possession des corps, Meg Stuart et ses danseurs présentent une sorte d'échographie de nos mécanismes de perception puis de réaction.
Voilà pourquoi le neurologue, le professeur de chant et l'hypnotiseur ont eu leur mot à dire. En tant que professionnels de la (dé-)régulation de différentes parties de nos corps, ils ont conseillé la compagnie au sujet de la pertinence de certains mouvements des plus infimes. Tremblements, spasmes, grimaces ou simplement des ralentis presqu'imperceptibles: les huit danseurs campent des corps malmenés, au bord de la folie, qui sont victimes d'on ne sait quel cauchemar. Le décor – un immeuble éventré – suggère la destruction, des projections sur les murs un état d'hallucination permanent. A regarder, ce n'est pas une partie de plaisir. Mais c'est une danse sans concession et d'une justesse inouïe, qui a définitivement mis au placard son désir de plaire.

Anna HOHLER,
Publié le 2003-05-27

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Meg STUART (chorégraphe), Anna HOHLER (rédacteur),
Passage(s) : Théâtre de la Ville Paris 75001 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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