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After Hate



Le Frac Basse Normandie de Caen consacre une exposition personnelle à Bruno Peinado, un artiste qui fait dérailler le flux des images et affirme le métissage nécessaire des formes.


Au rez-de-chaussée, une salle, les murs sont couverts de taches dégoulinantes aux couleurs primaires. Au sol, sont disposés des tapis de couleurs sur lesquels apparaissent des motifs noirs, des logos ou des slogans. Ici ou là des cubes, aux facettes multicolores, comme un rubix cube désagrégé. Là, un skate bord nettement cassé en deux. Dans un angle une vieille moto sans moteur, avec des pédales de vélo. Sur un mur un clin d'œil à Beuys, deux panneaux campés dans deux chaussures où l'on peut lire: «are you ready and willing just born too late». Cette installation est comme le temps d'après. Nostalgique? Peut-être. Elle relève d'une suspension, de la tentative de se frayer un chemin dans la temporalité continue des flux iconographiques. Bruno Peinado fixe les motifs en leur insufflant un traitement manuel qui permet de saisir l'en dessous de la rentabilité, de l'efficacité. Les signes ne sont plus signifiants, ils ont perdu leur chair et n'ont de sens que dans la relation qui les lie à l'espace d'exposition. Monde absurde où les choses se mêlent, se mélangent. Aucune forme n'est inventée, toutes sont recyclées. Un univers énigmatique émerge dans la collusion des signes. Le spectateur a alors l'impression de déambuler dans une épave visuelle, quelque chose qui, par mystère, est sortie de son flux et se pose dans cette pièce. After Hate. Certes, on reconnaît les choses, les motifs, mais le regard est à chaque fois inquiété, il doit dépasser l'a priori de la vision qui d'abord reconnaît. Pour cela, Bruno Peinado écrit à l'envers des phrases que l'on doit déchiffrer, les phrases sont d'ailleurs la plupart du temps écrites en anglais ou en allemand. Au sortir de cet espace le visiteur passe dans un couloir, une enseigne lumineuse indique au regard étourdi la sortie, mais au lieu du mot «exit», usuel, Peinado transforme l'insigne, change une lettre et la sortie devient Exil. A l'étage, changement d'atmosphère. La pièce est noire, au centre trône un radeau de fortune également peint en noir, dessus comme une statue, un cristal de roche est reproduit en polystyrène blanc. L'espace est sombre, simplement éclairé par un stroboscope. Au mur un néon blanc, dessinant à l'envers le mot anti. Cette installation Anti-pure joue en écho avec celle d'en bas. De l'épave visuelle au naufragé visuel... Le monde n'est jamais qu'un point de vue, un angle, toujours fragmenté, toujours habitable mais jamais totalement habité. Cette exposition joue des combinatoires et des déclinaisons, elle interroge la perception mais s'affirme comme un contre point, une partition construite aléatoirement avec ce qu'il reste des choses.

Léa GAUTHIER,
Publié le 2003-05-27

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu
Thème(s) : art plastique, installation,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Bruno PEINADO (plasticien), Léa GAUTHIER (rédacteur),
Passage(s) : Frac Basse-Normandie Caen 14 000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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