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Hologramme pour un massacre
Le procès de Pol Pot
Chapeau : Sous le titre «Le procès de Pol Pot», Liam Gillick et Philippe Parreno ont cosigné pour le Magasin/CNAC de Grenoble une oeuvre faite de questions, réponses, questions, réponses. . . Une exposition qui pour une fois regarde le spectateur plutôt que l'inverse.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Rubrique : 3
Liam GILLICK plasticien
Philippe PARRENO plasticien
Karine VONNA rédacteur
Texte : En juillet 98, Pol Pot est mort sans remords. Pour briser son silence et instruire malgré tout son procès, Liam Gillick et Philippe Parreno sont partis du principe que Pol Pot était toujours vivant: «Ce qui nous intéresse plus spécifiquement dans ce projet, ce n'est pas tant la documentation historique sur Pol Pot ou les Khmers rouges, c'est davantage la construction mentale d'un événement que l'on ne peut pas comprendre, d'un personnage qui ne peut pas être joué ou représenté, d'un événement qui n'est pas complet parce qu'inachevé. Inachevé parce que même mort Pol Pot est vivant. Nous pensons qu'il est toujours libre, quelque part dans la jungle.» Pour rompre en tant qu'artistes avec la mode des devoirs de vigilance et de mémoire en même temps qu'avec le mode documentaire généralement retenu pour les accomplir, Liam Gillick et Philippe Parreno ont choisi de ne pas cosigner un produit fini: «Nous avons invité une douzaine d'artistes et de curateurs à superviser par courrier électronique notre projet (2). En fonction de leurs réponses, nous l'avons modifié. C'était comme un work in progress, un travail de recherche, sous la forme d'un compte-rendu de discussions, d'un enchevêtrement de questions, de réponses, de questions, de réponses. . .»
Comme dirait Jean-Luc Godard : ce n'est pas une exposition juste, mais juste une exposition. Elle est faite de différents points de vue, de phrases simples, d'associations et autres collages de mots qui posent question, des questions qui font plutôt taire les réponses (3), et qui cassent ainsi, comme dirait Gilles Deleuze, toutes les démonstrations. En mettant en page et en lumière ces écrits sur les murs blancs du Magasin, Liam Gillick et Philippe Parreno ont créé comme un hypermédia qui nous délocalise dans la jungle d'une arborescence de sens, une exposition sans «objet» qui casse la règle du spectacle médiatique puisqu'elle regarde pour une fois le spectateur. Mais cette exposition n'est qu'une des facettes du traitement holographique adopté par Gillick et Parreno pour dire, en traversant différents formats d'information, toute la complexité de ce procès. Autres facettes de cet hologramme pour un massacre : un spectacle de marionnettes (tous les mercredis), un livre (à partir des images d'un film de l'événement qui ne sera jamais projeté), un poster-palimpseste (illisible du fait de l'impression par couches successives de chacune des idées des superviseurs) offert à tout visiteur.
Date de publication : 02/01/1999
Mots-clés : question, actualité, mort, peuple
Inséré le : 09/08/2001 00:00
Thèmes : arts plastiques, installation, politique,