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Architecte de la perception
«Light and space»
Chapeau : Light and Space. Robert Irwin oeuvre dans un minimalisme existentiel qui sonde les qualités de l'espace et de la lumière, en témoigne
Double diamond, structure légère de voiles blancs et noirs, présentée à Lyon en 98-99.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Rubrique : 3
Catherine DALFIN rédacteur
Robert IRWIN plasticien
Texte : Méconnu en France, où les occasions de voir son travail se résument dérisoirement à l'escale à Paris, à l'ARC, en 94, de la rétrospective itinérante qui lui est alors consacrée (Los Angeles, Cologne, Madrid et New York), Robert Irwin, maître de l'art perceptuel, occupe déjà une place importante dans l'histoire de l'art. Ce désintérêt français tient sans doute en partie à la nature même de son travail qui crée ses propres conditions de production -chaque installation demande à l'artiste un temps plus ou moins long sur place d'analyse puis de préparation du site- ainsi qu'à la prééminence de la Côte Est sur la scène artistique internationale.
En projet depuis plusieurs années, l'installation d'Irwin au musée d'Art contemporain de Lyon,
Double Diamond, a été conjointement acquise par le Fonds national d'art contemporain, devenant ainsi la première installation
Site specific de l'artiste à figurer dans une collection française. Entre construction et pure sensation,
Double Diamond explore des systèmes de rapports spatiaux et l'expérience perceptuelle qui en est faite. L'installation qui est en même temps un environnement est
Site specific -notion typiquement irwinienne, et donc incontournable, avec quelques autres
site adjusted,
site conditionned/determined etc, signifiant que l'oeuvre prend en compte le site et ses caractères propres, faisant levier sur la réalité, sur ce qui existe déjà pour en dégager les qualités sous-jacentes. Elle occupe l'espace du dernier étage du musée, de manière assez ambivalente puisque à première vue elle semble être dans une relation assez distendue au site, dans un fonctionnement proche de l'autonomie, espace dans l'espace, structure légère de voiles blancs et noirs tendus sur des cadres entre lesquels on circule. En réalité, le dispositif détourne à son profit certains caractères propres au lieu: la verrière est recouverte de gélatines blanches et grises sans que l'oeil puisse décerner cette intervention de la main de l'artiste et les murs ont été repeints dans un dégradé lui aussi imperceptible, de gris et de blanc. Irwin intervenant de manière complexe et subtile, plus pour provoquer des phénomènes visuels que pour être effectivement vu -il s'agit là de perception et non de vision- une partie de l'oeuvre échappe généralement à l'appréhension du public. Les voiles-écrans de tergal quasi transparent captent la lumière naturelle zénitale de la verrière, absorbant ou au contraire renvoyant avec la netteté d'un miroir les images. Irwin utilise ici, pour la première fois, des voiles noirs qui accentuent encore l'aspect spéculaire du dispositif -étonnement de soi, mouvement de défamiliarisation avec ses propres sensations, enfin spéculation sur le caractère dual de la perception en tant que mouvement statique, l'oeil, et en tant que mouvement non statique, le corps. Projection, diffraction, obstruction, superpositions. . . dans leurs déplacements à travers ces voiles-écrans, les corps se délitent, se décomposent et se recomposent sans cesse. Le dispositif fonctionne sur plusieurs niveaux temporels échelonnés -on observe, on s'observe, enfin on observe les autres. Ce sont ces temps décalés d'un visiteur à l'autre qui permettent à l'expérience de fonctionner à plein. L'image brouillée d'une personne apparaît, qui se déplace lentement, sans qu'on puisse dire combien d'écrans nous séparent et sans se l'expliquer on demeure attentif à son déplacement, à ses hésitations, à l'impossibilité où elle est de donner une logique à ses pas, on est pris dans ce processus de «dévoilement» progressif, dans cette étrange performance intime et relationnelle, qui positionne les individus tour à tour en sujet et en objet.
Date de publication : 02/01/1999
Mots-clés : minimalisme, espace, lumière, perception, environnement
Inséré le : 10/08/2001 00:00
Thèmes : arts plastiques, installation,