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Avignon, le rêve et le monde
Festival d'avignon
Chapeau : Babel aux voix multiples, le festival d'Avignon est celui d'une époque à hue et à dia, où les artistes manifestent la liberté des mots et des corps, en leurs irréductibles singularités.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : chronique (Mots-clés : )
Genre Ressource : édito / chronique
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
du 08/07/2003 00:00 au 28/07/2003 00:00
Salle : Festival d'Avignon
Avignon France (Sud-Est)
Du 8 au 28 juillet 2003
Texte : Est-il plus ou moins bien que les années antérieures ? D'aucuns voudraient juger le cru 2003 avant de l'avoir goûté ; et d'ores et déjà certains commentateurs assurent que ce festival-ci est « le meilleur », en même temps que le dernier, de Bernard Faivre d'Arcier ; ce qui tient pour le moins du compliment assassin. Allons ! S'il reste un phare éminent de la vie théâtrale hexagonale, le Festival d'Avignon n'est plus son unique repère ; mais il reste le seul endroit, sans doute, où l'on vient moins pour les spectacles que pour l'ambiance de rassemblement, fédérateur autant que dissensuel, qui s'y manifeste. Pour le reste, le Festival d'Avignon est le Festival d'Avignon : une somme de compromis (publics, budgétaires, artistiques) et de libertés (vacancières, esthétiques, voire politiques). Ni plus, ni moins.
La manifestation jadis créée par Vilar a certes pris des allures de foire, mais dans ce marché à ciel ouvert et salles obscures où désormais, de nombreuses régions se paient une vitrine culturelle dans le « off » (à quand un festival des provinces françaises ?), demeure l'idée que tout n'est pas égal. Et donc, si on y « consomme » beaucoup de spectacles, on y vient aussi pour débattre, échanger des opinions, controverser. A partir des �vres . Quand même.
Avignon est peut-être « un rêve que nous faisons tous », pour reprendre le titre de l'exposition rétrospective qui habitera cet été la Maison Jean Vilar ; mais le rêve n'est pas le même pour tous. Qu'en sera t-il cette année ? Dans la Cour d'Honneur, deux reprises et une création marquent le nécessaire dialogue de la mémoire de l'invention. Eric Lacascade façonne des personnages charnels, d'aujourd'hui, dans le siècle révolu de Tchekhov ; Jan Fabre s'inspire des peintures de Jerome Bosch pour un « conte de fées médiéval » aux accents avant-gardistes, et Alain Platel fait sonner la musique de Mozart dans un décor de centre commercial.
L'époque est comme ça, à hue et à dia. Didier-Georges Gabily en avait saisi les lignes de fracture, qu'il sertissait dans une langue brûlante. Douze ans après la création de
Violences, Yann-Joël Collin qui en fut l'un des acteurs initiaux, remet en chantier cette épopée contemporaine. L'argentin Ricardo Bartis, moins épique, appuie lui aussi
Là où ça fait le plus mal en revisitant, comme l'avait également fait Gabily, le mythe de Dom Juan. Du britannique Martin Crimp, traducteur en son pays de Genet et de Koltès, Stansislas Nordey ébauche le portrait d'une « voyageuse, terroriste, star de films pornographiques » : à nouveaux mythes, nouveaux masques. Ou bien, plus de mythes du tout : le seul constat, pas même masqué, d'une société anthropophage qui s'auto-consomme et s'auto-consume. Flaques de lait, de vin ou de coca-cola maculent le plateau de l'Histoire de Ronald, le clown de McDonald's, nouvel opus du sulfureux Rodrigo Garcia ; tandis que le chorégraphe Michel Schweizer, qui s'était entouré de « prestataires de service » pour Kings, sous-titre sobrement sa nouvelle création : « more business �more money management ». « Je constate, malgré les bouleversements des années 70, un retour aux modèles sociaux archaïques », note le directeur de la Schaubühne, Thomas Ostermeier, qui transpose dans un loft moderne les personnages de
Maison de poupée, d'Henrik Ibsen. Serons-nous bientôt tous jetés sur les chemins de l'exode, à l'instar de ces réfugiés qu'Ariane Mnouchkine réunit dans
Le Dernier caravansérail (Odyssées) ? Pour échapper à ce funeste horizon, peut-être faut-il, comme l'entreprend François Verret l'entreprend avec
Chantier Musil, ré-ouvrir l'espace du doute et les champs du possible ? Apprendre à métisser nos origines communes, comme le danse Sidi Larbi Cherkaoui dans
Foi ? Se jouer des apparences, comme le suggèrent Odile Darbelley et Michel Jacquelin dans
Les tortues dorment toutes nues sous leur carapace, nouvelle saga poético-loufoque ?
Croire encore aux mots, aux corps, à leurs irréductibles singularités. « Comment se déplie le tissu respiré du langage ? », se demande Valère Novarina dans La Scène ? Quel est ce Vif du Sujet que cherchent, de l'un à l'autre, chorégraphes et interprètes (cette année, Opiyo Okach / Julyen Hamilton, Rita Quaglia / François Verret, Sylvain Prunnenec / Faustin Linyekula, Isabelle Boutrois / Christophe Haleb). Et ce seront encore des « mots d'auteur », « textes nus », lectures inédites (
Probablement les Bahamas, de Martin Crimp ;
Pourquoi le Brésil ?, de Christine Angot,
Le Début de l'A., de Pascal Rambert), « causeries sur la traduction » (avec André Markowicz et Françoise Morvan), silhouettes mutines (comme dans
Small Hands, d'Anne Teresa de Keersmaeker), humour du désespoir et besoin de mots d'amour (
Crise de nerfs, de Jean Lambert-wild et Jean-Luc Therminarias), qui viendront sceller l'appartenance du théâtre au monde que nous rêvons.
Du plus ancien verbe shakespearien (porté par des mises en scène du lituanien Oskaras Korsunovas et du sicilien Antionio Latella), aux vents équestres qui emmènent Zingaro jusqu'aux contreforts de l'Himalaya tibétain, les voix multiples du Festival d'Avignon s'entrechoquent et se répondent ; d'hier et d'aujourd'hui, elles disent déjà le monde de demain, quand le festival d'Avignon sera toujours le festival d'Avignon.
Jean-Marc Adolphe
Programme du Festival d'AvignonWolf, ms. Alain Platel, Cour d'honneur, 8>13/07, 22 h
Loungta, les chevaux de vent, théâtre Zingaro, ms. Bartabas, Châteaublanc, 8>28/07, 22 h
L'ange de la mort, ms. Jan Fabre, Chapelle du lycée Saint Joseph, 9>13/07, 15 h et 23 h
La Nuit des rois, de Shakespeare, ms. Antonio Latella, Théâtre municipal, 9>13/07, 21 h 30
Là où ça fait le plus mal, texte et ms. Ricardo Bartis, Gymnase Vincent de Paul, 9>15/07, 18 h
Roméo et Juliette, de Shakespeare, ms. Oskaras Korsunovas, Cour du lycée Saint-Joseph, 9>15/07, 22 h
La Scène, texte et ms. Valère Novarina, Cloître des Carmes, 9>17/07,22 h
Le Dernier Caravansérail (Odyssées) , ms. Ariane Mnouchkine, Châteaublanc, 9>27/07, 18 h
Violences-reconstitution, de Didier-Georges Gabily, ms. Yann-Joël Collin, Gymnase du lycée Saint-Joseph, 10>15/07, 18 h
Le Dibbouk, d'ap. Sholem An-Ski, ms. Krysztof Warlikowski, Cloître des Célestins, 10>16/07, 22 h
Crise de Nerfs, de Jean Lambert-wild et Jean-Luc Therminarias, Théâtre de Cavaillon, 10>18/07, 17 h 30
Cendres de cailloux, de Dniel Danis, ms. Vincent Goethals, Salle Benoît XII, 11>16/07, 19 h
Les tortues dorment toutes nues dans leur carapace, ms. Odile Darbelley et Michel Jacquelin, Eglise des Célestins, 11>18/07
Figure, de Pierre Charras, ms. Lukas Hemleb, Chapelle des Pénitents blancs, 11>18/07, 18 h
Le Dragon, d'Evguéni Schwartz, ms. Axel De Booseré, Clos de l'Abbaye, Villeneuve-lez-Avignon, 11>24/07, 22 h
Trois générations, chor. Jean-Claude Gallotta, Gymnase Aubanel, 12>17/07, 18 h
Causeries sur la traduction, avec André Markowicz et Françoise Morvan, Jardin de la rue de Mons, 12>20/07, 12 h
Le Vif du Sujet, créations danse, deux programmes, Jardin du lycée Ssaint-Joseph, 12>24/07, 11 h et 18 h
La Mort de Krishna, de Jean-Claude Carrière et Marie-Hélène Estienne, ms. Peter Brook, Jardin de la rue de Mons, 15>27/07, 24 h
Platonov, de Tchekhov, ms. Eric Lacascade, Cour d'honneur, 16>19/07, 22 h
Maison de poupée, d'Henrik Ibsen, ms. Thomas Ostermeier, Théâtre municipal, 17>19/07, 21 h 30
Chantier Musil, ms. François Verret, Cour du lycée Saint-Joseph, 18>27/07, 22 h
Atteintes à sa vie, de Martin Crimp, ms. Stanislas Nordey, Gymnase du lycée Saint-Joseph, 19>26/07, 18 h
L'Histoire de Ronald, le clown de McDonald's, texte et ms. Rodrigo Garcia, Cloître des Célestins, 20>26/07, 22 h
Scan [more business �more money management] , de Michel Schweizer, Gymnase Vincent de Paul, 20>26/07, 18 h
Les Relations de Claire, de Dea Loher, ms. Krystian Lupa, Salle Benoît XII, 20>26/07, 19 h
Le Square, de Marguerite Duras, ms. Didier Bezace, 21>27/07, 22 h
Small hands, chor. Anne Teresa de Keersmaeker, Théâtre de Cavaillon, 22>25/07, 17 h 30
Le Pays lointain, de Jean-Luc Lagarce, ms. Gintaras Varnas, Eglise des Célestins, 22>25/07, 18 h
Near Life Experience, chor. Angelin Preljocaj, Gymnase Aubanel, 22>28/07, 18 h
Foi, chor. Sidi Larbi Cherkaoui, Théâtre municipal, 23>26/07, 21 h 30
Je suis sang, ms. Jan Fabre, Cour d'honneur, 24>28/07, 22 h
Date de publication : 10/06/2003
Inséré le : 17/06/2003 00:00
Thèmes : théâtre,