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L'élargissement du champ sonore la perspective électronique

Programme musical

Chapeau : De 1913, date du manifeste de «L'Art des bruits», à aujourd'hui, déchets sonores, bruits du quotidien, déluges de masses bruitistes ont envahi le champ musical à un rythme effréné. Du Futurisme à la techno, voyage sur une onde de choc.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 3

MARINETTI plasticien
Davis XAVIER rédacteur
Pierre HENRY musicien
STOCKHAUSEN musicien
Luigi RUSSOLO plasticien

Texte : A la suite du «manifeste du Futurisme» paru dans «Le Figaro» du 20 février 1909 signé par Filippo T. Marinetti, le feu est mis aux poudres pour lancer les nouvelles orientations culturelles de «l'Homme nouveau». Cet homme sera résolument agressif, créateur fougueux, sans cesse à la recherche de formes nouvelles pour représenter et satisfaire la sensibilité artistique contemporaine. Le premier mouvement réellement avant-gardiste est créé, avec tout ce que le terme peut comporter en matière de tracts déclamatoires, de corporatisme, et d'attitude antipasséiste. Les différents média de la création artistique futuriste sont étudiés respectivement et chacun aura son manifeste. En effet, pour le programme musical, Marinetti charge Balilla Pratella de provoquer une révolution tonitruante dans cette Italie encore dominée par l'esprit académique et post-symboliste. Les futuristes veulent mettre fin à cette tradition qu'ils considèrent comme «sentimentaliste» et «sanglotante» et tiennent à dépasser les répertoires d'un Wagner ou d'un Mahler. A la fin de l'année 1910, Pratella ouvre le chantier et publie ses premières études dans son «Manifeste des musiciens futuristes», le 11 mai 1911 à Milan. Le manifeste est une source d'inspiration prodigieuse pour le jeune Luigi Russolo (1885-1947) qui est encore peintre à ce moment-là. Ce dernier quitte la peinture et la poésie en 1913 pour commencer à travailler sur l'environnement sonore. Il a évidemment l'intention de créer un art conforme aux normes du mouvement italien et de son leader, et s'attache tout particulièrement à créer une dimension proche de celle du vers libre marinettien. Le résultat des premiers travaux de Russolo donne naissance au célèbre manifeste de «L'Art des bruits» (Arte dei Rumori) le 11 mars 1913 qui est à l'origine une lettre adressée à son instigateur Balilla Pratella. «L'Art des bruits» est la source d'inspiration de la plus grande part des compositeurs du XXe siècle et est le premier véritable programme musical qui rompt avec la tradition occidentale pour une «rénovation de la musique» en profondeur.
Pour créer une musique nouvelle et adaptée à son temps, Russolo préconise une démarche radicale qui ne s'étend pas réellement sur la nature du son ou autres considérations scientifiques mais plutôt sur la remise en question du système esthétique classique d'alors. Il s'interroge alors sur ce qui oppose son et bruit, recense les signes, à son époque, d'un quelconque rapprochement et donc introduit dans la composition ce qui a toujours été perçu comme laid, inhumain, nocif, impropre à la sérénité de l'âme. A l'égal des peintres, collagistes, sculpteurs, poètes italiens, Russolo propose une démarche d'assembleur des nouveaux matériaux de la vie quotidienne qui rendent comptes des grandes innovations et manifestations de la société moderne. Si les coupures de journaux, le métal, le bois, la peinture en tube industrielle sont les nouvelles matières du plasticien, alors les sifflements des trains, les klaxons, les cris, les machines en furie seront les instruments de la musique futuriste. Il faut rappeler que déjà en tant que peintre Russolo avait pour prédilection le collage. Il préconisait la «sculpture plurimatérielle» comme Marinetti préfère l'onomatopée en poésie. Le bruit prend le relais de l'onomatopée et maintient un lien entre poésie et musique. Et si l'enrichissement du matériau sonore en musique passe par l'annexion du bruit, alors c'est le monde dans toute sa globalité et sa matérialité qui sera ainsi saisi, disséqué, étudié, assemblé puis restitué en concerts. Il ne s'agit pas là d'une innovation à la Debussy en matière de composition telle l'observation des musiques extra-européennes, de la gamme pentatonique, du gamelan balinais, ou alors à la Schönberg pour le dodécaphonisme, mais bien de rentrer dans une salle de concert comme l'on entre dans une forge.
Russolo dresse dès 1913 une nomenclature des bruits qui sont pour lui les plus expressifs et représentatifs de la ville vrombissante; ils sont à ses yeux les marques de la modernité. Il les répertorie e

Date de publication : 02/01/1999


Mots-clés : bruit, son, avant-garde, électronique, manifeste, histoire
Inséré le : 16/08/2001 00:00
Thèmes : musique,