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Malaise dans la globalisation
Unification menacée
Chapeau : Alors que le «processus de paix» israélo-palestinien est sous les feux de l'actualité, le colloque «Jérusalem au pluriel» organisé les 18 et 19 septembre 99 à Marseille est venu révéler le «fantasme agressif d'unification» de territoires morcelés.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Rubrique : 3
Christophe WAVELET rédacteur
Texte : Construire des ruines
Lors de la projection des photographies réalisées par Efrat Shvili (3), on est saisi par sa faculté à traduire visuellement le sentiment de malaise qui règne aujourd'hui à Jérusalem. Cette photo-journaliste, après avoir vécu aux Etats-Unis et en Italie, a choisi de retourner en Israël après plusieurs années d'absence. Photographiant ce qu'elle voit comme le ferait un touriste, la ville et les territoires occupés y apparaissent comme un champ de bataille. Les unités d'habitation qui s'y construisent aujourd'hui répondent à des règles telles qu'elles assument une allure ambigüe. En effet, elles évoquent des sortes de fragments archéologiques, comme dévoilés ou restitués au terme d'improbables fouilles, avec cet aspect de ruines qu'on dirait voulu et qui évoque un «passé» an-historique, ne référant à aucune époque précise: la Ville éternelle, mais sur le mode de la simulation architecturale. Mais d'un même trait, du fait du nombre extrêmement limité d'ouvertures qui y sont ménagées, elles évoquent aussi des bunkers. On peut y voir en elles l'expression brutale de l'expansion coloniale israëlienne en matière de construction et d'urbanisme, permettant là encore un contrôle systématique de l'Etat, qui contribue à réduire les possibilités de développement des populations palestiniennes. A la fois écho métonymique de l'état de siège que vit Israël depuis 1948 et allégorique du fantasme encore actif de la «ville éternelle idéale», commente Zvi Efrat, l'architecture contemporaine qui caractérise aujourd'hui la (re)construction des villes en Israël témoigne d'une amphibologie esthético-politique caractéristique d'un rapport extrêmement tendu, complexe et parfois paradoxal à l'histoire, ainsi qu'aux représentations dominantes qu'elle suscite.
Accumuler et contrôler : l'espace muséal
Dans les faits, la ville est moins unifiée qu'occupée. Et cette occupation, nettement hégémonique, «a confisqué aux Palestiniens la ville en tant que lieu d'archives, en tant que dépôt de métaphores et d'images du passé». Tenter de se dégager des représentations dominantes qui donnent lieu à une appropriation univoque de la ville, alignée sur l'impératif autoritaire de définir un espace national, suppose que l'on considère Jérusalem comme le «nom d'un ensemble hétérogène d'espaces, d'évènements et de significations», ajoute A. Azoulay. Car la ville n'existe exclusivement ni comme espace ethnique, ni comme espace religieux, ni même comme espace national. Elle suppose au contraire une constellation de simultanéités, et l'hétérogénéité comme son principe le plus sûr. Ainsi l'histoire des musées construits au fil du temps, et qui co-existent en différents points de l'espace de la cité: en 1858, celui des Patriarches grecs orthodoxes, en 1902 le musée Franciscain, en 1905 celui du Patrimoine Bezalel (afin de ramener à la maison les richesses de la culture juive du monde entier et qui servira plus tard de base à l'actuel musée d'Israël), en 1923 le Musée de l'Islam, en 1938 le musée Rockfeller à Jérusalem-Est (afin de«restaurer les trésors archéologiques», de l'Age de pierre à 1700). «La fondation de chacun de ces musées correspond en fait à la fondation d'un centre pour chaque point de vue préférentiel, poursuit A. Azoulay. Fonder un musée signifie marquer un seuil : d'un côté accumuler des biens, de l'autre contrôler ses portes d'accès et décider de ce qui mérite d'y entrer». Pourtant, tout musée «participe du débat dans le cadre duquel sont définis son statut, sa place, ses prérogatives et ses pouvoirs». Afin d'en penser les implications et les conséquences, il importe alors d'attirer l'attention sur le fait que «les processus de sélection rigides d'un musée donné ne témoignent pas de manière directe de la possibilité pour les objets/images qu'il a repoussés d'être présents dans d'autres espaces». . .
Date de publication : 02/01/1999
Mots-clés : actualité, histoire, récit, guerre
Inséré le : 17/08/2001 00:00
Thèmes : politique, politique générale,