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Le Front National et l'art

Identité culturelle malade

Chapeau : Daniel Sibony analyse le discours sur l'art du Front National et pointe le concept sur lequel s'articule son combat, l'identité. Pour combattre ce narcissisme mortifère, le psychanalyste défend la notion «d'entre-deux».

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 3

Daniel SIBONY rédacteur
Bruno MEGRET personnage politique

Texte : Quand on fait parler les chefs du Front national, notamment de la culture (1), l'inquiétant est qu'on tire d'eux des propos raisonnables, pondérés, du genre : les artistes sont libres de créer comme ils veulent, mais les deniers publics ne doivent pas toujours aller à des artistes «en rupture» avec le passé, les traditions. Ou encore: «Nous sommes à mi-chemin entre les obsédés de la modernité et les extrémistes de la tradition». Ou bien: «A quoi servirait-il de continuer à échanger si, demain, tout est devenu pareil partout ?». Ou encore: «Au lieu de subventionner les copains et les coquins nous subventionnerons. . . une expression artistique enracinée, résolument contemporaine, accessible à tous et qui conforte les valeurs qui sont les nôtres.» A la question: «Pensez-vous qu'une société puisse exister et être «saine» sans ruptures et sans fractures?», le même Bruno Maigret répond: «Là aussi, c'est une question de mesure. Il est vrai que certains déséquilibres sont nécessaires, c'est ce qui fait le mouvement. Mais lorsque des déséquilibres ou des fractures bénéfiques se transforment en gouffres, la situation prend alors une tournure dramatiquement négative.» C'est raisonnable ; on peut en déduire que le nazisme -dont ces gens sont les héritiers- était aussi «raisonnable»: c'était la raison du plus fort, ou plutôt la raison de celui qui, se voulant le plus fort, fait tout ce qu'il faut pour le devenir.
Il faut démontrer que ces propos raisonnables, c'est du fascisme en herbe. Certes, en grattant un peu on voit que c'est du toc, que c'est bidon, car l'art «résolument contemporain» est fait des points de fuite d'une époque, des trouées plastiques dans sa baudruche ou sa carapace, il n'est donc pas accessible à tous, ou alors tous seraient dans le même trou.
Mais en surface, ces propos semblent assez soutenables. Et l'inquiétant, c'est que dans ces cas les enquêteurs, forcément bien intentionnés, semblent nous dire: «Vous voyez ces déclarations veloutées? Eh bien, c'est parce qu'ils font patte de velours! En fait, comme vous le savez, et soit dit entre nous, ce sont des loups!» Ça laisse un malaise, car il ne suffit pas de nous montrer leur patte de velours pour qu'on voit que c'est une patte de tueur; sauf à nous répéter que ce sont des tueurs, mais alors pourquoi entreprendre de le démontrer et ne pas le faire? Bref, rien de pire que d'annoncer une démonstration et de s'y lancer sans la faire effectivement.
Or on peut démontrer que ce sont des loups à condition de prendre appui sur leur concept majeur: l'identité. Ils le disent d'ailleurs: le «premier principe» de leur «combat», «ce n'est pas la nation, c'est l'identité».

Date de publication : 02/01/1999


Mots-clés : identité, fascisme, entre-deux
Inséré le : 17/08/2001 00:00
Thèmes : politique générale, politiques culturelles,