Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

De la transversalité de la vidéo




Yann Beauvais s'explique sur le processus de son travail et sur l'engouement que connaît actuellement le cinéma expérimental.


Mouvement : Qu'est-ce qui explique, selon vous, l'engouement actuel pour le cinéma expérimental (multiplication des lieux et occasions de projections, intégration du cinéma expérimental dans diverses manifestations artistiques)?
Yann Beauvais : Il y a aujourd'hui un intérêt pour l'idée d'image en mouvement, de son sens et par conséquent cela renouvelle l'approche vis-à-vis du cinéma expérimental. À la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, le cinéma expérimental n'intéressait plus beaucoup de gens: les jeunes critiques le considéraient comme une pratique passéiste. Ce recul peut s'expliquer non seulement par un renouvellement de génération, mais aussi par un déplacement des pratiques: la vidéo avait alors plus de partisans. Le cinéma expérimental n'en a pas moins continué à se forger une certaine autonomie et liberté en sortant du champ purement cinématographique pour opérer des croisements avec des musiciens ou des plasticiens et en interrogeant toutes les étapes d'élaboration du film, de la prise de vue aux différentes formes de manipulations chimiques du film.
L'intérêt croissant pour le cinéma expérimental peut se comprendre en fonction de l'effondrement, du polissage et de l'inintérêt de la majeure partie de la production cinématographique contemporaine. Par ailleurs, le cinéma étant principalement «consommé» chez soi, la séparation entre cinéma et télévision s'abolit. La télévision induit saturation et brouillage en favorisant le flot continu des images qui, toutes, s'équivalent. Dès lors, il est aisé de comprendre l'engouement pour les cinématographies spécialisées (expérimentales, documentaires. . .) et les lieux qui les promeuvent et les défendent.
Je crains que ce regain d'intérêt ne soit que passager: l'engouement pour cette pratique a souvent été cyclique et comme tout phénomène de mode, plus dure sera la chute. Cela me rappelle l'époque où Miles et moi avons fondé «Light Cone» à un moment où il nous semblait que le discours prenait le pas sur les oeuvres et que la pratique du cinéma au quotidien était mise à l'index au profit d'enjeux de pouvoir dont ce cinéma n'était que le prétexte. Il s'agit très souvent d'un discours académique qui s'approprie le cinéma expérimental en lui appliquant une grille de lecture, souhaitant ainsi l'assimiler dans l'histoire générale du cinéma afin de le désenclaver et de ne pas le confiner au champ artistique.


Mouvement : Peut-on dire que, si le cinéma expérimental se définit comme une pratique moderniste et transversale, historiquement, il a d'abord mis l'accent sur le versant moderniste pour aujourd'hui privilégier le versant «transversal»?
Yann Beauvais : Le cinéma expérimental regroupe surtout ceux qui cherchent à définir ce que peut être le cinéma en interrogeant la spécificité du médium et les conditions de perception inhérentes à ce médium. Cette attitude relève du modernisme. Dès la fin des années soixante, se développent des questions dans l'analyse même de la nature du dispositif qui dépassent l'approche moderniste. Ces analyses, qui sont de fait des pratiques, incorporent des domaines jusqu'alors séparés, pour ne pas dire exclus. Interroger, à l'instar d'un certain nombre de conceptuels
et post-conceptuels, les conditions mêmes de la projection, de l'exposition, c'est déplacer sensiblement la question de la représentation et de la perception de l'oeuvre: que l'on songe au cinéaste Paul Sharits (1) ou au plasticien Michael Asher (2). Dès que l'on pose ces questions, on met en jeu un ensemble de processus inhérents au dispositif et à ses conditions de présentation (qu'il s'agisse du lieu, des personnes. . .). Pour d'autres cinéastes, il s'agit d'affirmer les notions d'improvisations: pas seulement en ce qui concerne le tournage mais aussi toutes les étapes de fabrication et de diffusion du film. Ces démarches interrogent un certain nombre de croyances vis-à-vis de l'image même, ce qui, par conséquent s'apparente à cette praxis moderniste à laquelle vous faites allusion. Une autre approche remet en cause plus fondamentalement l'aspect

Muriel CARON, Gloria Ferreira,
Publié le 2000-04-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : cinéma expérimental,
Mot(s) Important(s) : vidéo, transversal, modernité, musicalité,
Artiste(s) : Yann BEAUVAIS (vidéaste), Muriel CARON (rédacteur), Gloria Ferreira (rédacteur), Anne-Marie Cornu (plasticien), Cécile Fontaine (cinéaste), Nathalie Haran (plasticien), Paul Sharits (cinéaste), Anthony Mc Call (cinéaste), Gary Hill (cinéaste), Jürgen Reble (cinéaste), Pierre HUYGHE (vidéaste),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :