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anciennes fables et nouvelles voix

Les écritures contemporaines

Chapeau : Foisonnante ou moribonde? En tout cas, l'écriture théâtrale actuelle se vit en pleine transformation. En levant le tabou de la fable pour retrouver l'élan du récit, des auteurs contemporains opèrent de nouveaux déplacements entre théâtre et littérature.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : 14

Bruno TACKELS rédacteur

Texte : L'état des lieux des diverses formes de l'écriture théâtrale actuelle fait apparaître un secteur à la fois riche et mal connu, protéiforme et difficile à cerner, au point de donner lieu à des analyses pour le moins contrastées. Foisonnante et en pleine expansion pour les uns, moribonde et sans intérêt artistique pour les autres, l'écriture théâtrale française est vécue de manière très différente selon le point de vue que l'on adopte. On peut plonger dans la nostalgie du tandem Koltès/Chéreau, défendre une vision nihiliste persuadée de l'absence totale d'un « art de génie » au XXe siècle, se réjouir de la dissémination des éditeurs de théâtre, être pris de vertige devant la multiplication impressionnante des manuscrits adressés aux éditeurs -dans tous les cas de figures, on voit bien que l'écriture pour la scène fait question et qu'elle se vit elle-même en pleine transformation. Cette évolution progressive peut se résoudre dans cette équation: plus le théâtre quitte la tyrannie de l'actualité, plus il retrouve l'immémorial plaisir de la littérature à raconter des histoires pour des corps et des voix.


Actualité
«Faites-nous des pièces 'actuelles'. Écrivez-nous l'Orestie d'aujourd'hui.» De telles injonctions, explicites ou plus souterraines, sont fréquentes. Quand on revendique l'actualité pour tout discours artistique, on risque vite de tomber dans le piège du commentaire, explication de l'art par lui-même. Quand un metteur en scène souligne lourdement la force de résonance actuelle des mots qu'il va porter sur la scène, on y sent bien souvent, obscurément, la tentation (ou la faiblesse) de s'en tenir à une forme de théâtre moulée sur le modèle ambiant de la «communication»: un théâtre de journalisme, théâtre reportage qui prend le pire qu'il puisse prélever chez son cousin cinématographique. Il est peu probable que le cinéma documentaire devienne modèle, ou même source, pour un «renouveau» du théâtre ou, plus simplement, pour une actualité du théâtre en prise avec l'actualité.


Immémorial.
Quels qu'en soient les modes et les codes, le théâtre ne peut dire son temps qu'à partir de très vieux motifs ancestraux, immémoriaux, qui le travaillent toujours, qui nous travaillent encore. L'époque actuelle, qu'elle le veuille ou non, recueille ces fables anciennes et ces questions sur le jeu, l'espace, le temps, les mouvements, les peurs et les tensions que porte nécessairement le plateau de théâtre. C'est cette nécessité de la transmission, aussi difficile soit-elle, qui pousse bon nombre de textes dramatiques contemporains à rendre des comptes -rendre et régler des comptes avec les vieilles histoires de notre passé. Cette constatation en amène une seconde, présente dans de nombreuses écritures : on ne peut pas raconter directement, journalistiquement, l'horreur du présent. Qu'il s'agisse de mots, d'images ou de scènes, on ne peut représenter l'horreur directe de l'horreur, car il s'agit, précisément, d'une représentation, donc d'une mise à distance (imitation factice, forcément factice) de l'horreur, rejouée par les mots, les images et les scènes. Le poème dramatique est donc forcément ob-scène : à côté, hors de la scène et la décalant elle-même. Il ne peut parler du réel directement (c'est-à-dire au fond, activement, révolutionnairement) qu'au prix de sa déréalisation. L'exemple magistral est donné par Koltès: il s'empare du meurtrier Roberto Succo pour faire l'histoire de Roberto Zucco. À l'opposé de ce processus de création, on trouve d'autres textes, fort nombreux, qui cherchent à dire immédiatement la (prétendue) violence de l'actualité. Ils tentent de restituer les nerfs à vif de l'époque, sans détour ni déplacement. Ce faisant, ils obéissent exactement aux lois du journalisme: ils ont beau parler du quotidien et de son horreur, de la banalité de ce mal qui se fait aujourd'hui partout dans le monde, ils ne peuvent que le lisser et, quoi qu'ils en pensent, lui donner la douceur factice du conte. Une pure et simple banalisation qui ne permet aucune révolte contre ce qui est décrit.

Date de publication : 01/10/2001


Mots-clés : fable, auteur, contemporanéité
Inséré le : 28/09/2001 00:00
Thèmes : théâtre, écriture,