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Sculpture prête à porter
Le volume selon Wurm
Entre sérieux et grotesque, au travers d'actes souvent décalés, l'artiste autrichien Erwin Wurm transforme le monde en sculpture.
Les images de la série «One minute sculptures» (1997-1998) mettent en scène des personnages dans des situations pour le moins incongrues, aux prises avec des objets quotidiens dont l'usage a été détourné: un homme allongé sur un trottoir écrasé par un canapé, un autre, bras en croix, portant des pots de fleurs posés sur ses avant-bras, ou bien encore quelqu'un dont la bouche reste ouverte grâce à -ou à cause de?- la présence d'un cornichon placé verticalement entre ses lèvres.
Le point de départ de ces oeuvres tient toujours dans des instructions écrites et dessinées, données par l'artiste aux exécutants. Cela en fait des pièces constamment réactualisables, par quiconque voudra en proposer une nouvelle interprétation et se prêter au jeu de la pose éphémère.
De la sculpture à la sculpture
Les«One Minute Sculptures»n'ont de photographique que l'apparence. Au-delà de toute considération plastique, l'image papier est un simple vecteur de diffusion permettant de garder une trace de l'acte exécuté.
L'oeuvre d'Erwin Wurm se situe en permanence au confluent des pratiques -photographie, vidéo, performance- tout en se plaçant résolument dans le champ de la sculpture. Malgré ses modes de formulation les plus divers, elle n'en demeure pas moins un travail de sculpteur, Wurm déclarant lui-même que «[ses] vidéos, [ses] photographies et [ses] livres sont des sculptures».
Cette qualification pose en premier lieu la question du statut de la sculpture, du statut de ce qui est traditionnellement considéré comme tel: un volume. On pense à la définition d'Ad Reinhardt qui, lorsqu'on lui demanda ce qu'était pour lui la sculpture, répondit: «cette chose dans laquelle on se cogne en reculant pour regarder une peinture». Quelque chose d'«incontournable» par sa présence, sa masse. Or, de masse il n'est point question lorsque Wurm travaille des médias aussi peu « volumineux » que la vidéo ou la photographie. L'artiste remet en cause, avec une légèreté de ton déconcertante, l'un des fondements de la terminologie artistique en reconnaissant un statut d'objet à tout ce qui sert son propos, même si le moyen pour y parvenir n'en est pas.
Sans doute la reformulation de «l'objet sculpture» qu'opère Erwin Wurm tient-elle pour une part dans la grande attention qu'exerce chez cet artiste le principe du passage de la deuxième à la troisième dimension. Ce questionnement est particulièrement effectif dans une série d'oeuvres développée à partir de 1990 qui ont en commun d'être réalisées avec des pull-overs. Le pull, objet usuel, qui passe du plat au volume, et inversement, quand on le plie, le déplie, le replie. . . Ainsi Wurm a-t-il publié en 1991 un ouvrage rassemblant, schémas à l'appui, des instructions pour accrocher au mur un pull de quinze manières différentes, afin de composer des sculptures -des volumes- à partir d'un objet initialement plat.
Du volume au temps
Le questionnement d'Erwin Wurm sur la sculpture se devait de croiser l'éternel problème du socle. Outre plusieurs prises de vue effectuées au gré de ses séries et montrant des personnages enfoncés la tête la première dans une poubelle ou un carton, objets qui pourraient dès lors aisément servir de socle à une paire de jambes, on retrouve ce propos dans une nouvelle oeuvre produite par le Frac Limousin. «Sculpture with a Box» (1999-2000) se compose de douze clichés figurant un personnage plongeant dans le socle de la sculpture, avec pour conséquence l'instauration délibérée d'un équilibre précaire.
Chez Wurm, la sculpture se matérialise aussi grâce au corps, sans qu'il soit pour autant question d'aborder un art corporel. Et le corps est essentiel à son interrogation du volume en ce qu'il permet d'affirmer un statut transitoire des choses, toujours présent dans son travail, comme une preuve paradoxale de la viabilité de ses propositions. En enfilant face à la caméra treize pull-overs l'un sur l'autre («13 Pullovers», 1991), ou bien la totalité de sa garde-robe («Fabio Getting Dressed (Entire Wardrobe)», 1992), un personnage sculpte son corps jusqu'à en devenir difforme. La difformit
Frédéric BONNET,
Publié le 2000-04-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : performance, sculpture,
Mot(s) Important(s) : quotidien, transformation, transversal, corps, volume, comique,
Artiste(s) : Frédéric BONNET (rédacteur), Erwin WURM (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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