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Le théâtre de parole enfin réalisé en Avignon




Lorsque des citoyens-spectacteurs font face à des citoyens-intermittents, c'est l'étrange et dérangeante utopie de Pier Paolo Pasolini qui advient, trente-cinq ans après sa rédaction.


Pasolini au programme d'Avignon 2003 ? Orgie monté dans la Cour d'honneur ? Calderon agencé devant les façades de la cour du lycée Saint-Joseph ?, précédé de l'inédit en un acte, l'encore plus baroquisant Projet d'un spectacle sur le spectacle, avec le fantôme de Carlo-Emilio Gadda venu tenir son propre rôle ? Affabulazione dans la salle Benoît XII ? Pylade au Théâtre Municipal ? Porcherie dans l'Église des Célestins ? Bête de style à la Chartreuse ? Œdipe à l'aube, Sa propre Gloire, Les Turcs dans le Frioul, Les Enfants et les Elfes, La Morteana, Le petit poisson : joués, le récital Italie magique et le ballet Vif et conscience : chantés et dansés dans le Off ?
Non ! L'affiche est trop belle. Alors quoi ?
Alors, beaucoup moins ou beaucoup plus que cela : pour la première fois depuis son invention en 1968, l'étrange et dérangeante utopie du poète-cinéaste Pasolini se trouve réalisée en un lieu de la planète. Cette utopie se nomme Nouveau Théâtre ou Théâtre de Parole. Elle est décrite, précisément, dans le « Manifeste pour un nouveau théâtre », lui-même publié (c'était hier !) dans le numéro de Nuovi Argomenti de janvier-mars 1968. Ce théâtre impossible, le Nouveau Théâtre de Pasolini se trouve – s'est déjà trouvé, se trouvera encore, et partout où se portera la lutte – tout simplement réalisé en Avignon, en cet été 2003, le plus lourd et le plus sec, le plus ensoleillé et donc le plus lumineux depuis 1976. Un été pasolinien.
Et aujourd'hui, c'est au Manifeste explicite qu'il faut revenir, à l'énigme du présent, si facile à déchiffrer par ces temps de masques qui tombent.
C'est le Nouveau Théâtre qu'il faut relire, et surtout pratiquer. Car il est impraticable. Et aussi impraticable qu'indispensable. En cela, il s'identifie au lieu et au temps mêmes de la lutte actuelle des intermittents.
L'explication se trouve dans le texte même du Manifeste pour un nouveau théâtre, dont voici la traduction de quelques extraits significatifs.
Aux spectateurs d'Avignon 2003, venus pour des spectacles, et restés pour des meetings, par curiosité, intérêt réel et solidarité, et seulement à ces personnes adorables, Pasolini explique ici clairement pourquoi et comment, citoyens-spectateurs, ils se trouvent, au moment où ils font face à des citoyens-intermittents exposant leur situation concrète, devant une sorte de théâtre idéal, qui ne saurait en effet se substituer à du théâtre réel, mais sans quoi le théâtre réel ne serait sans doute jamais possible (1).
(...)



1.C'est ce qui fut clairement exprimé, lors d'un de ces jours si douloureux, à la radio, par Nadia V., à qui ce texte est dédié.



Hervé JOUBERT-LAURENCIN,
Publié le 2003-09-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre :
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : intermittence,
Artiste(s) : Pier Paolo PASOLINI (auteur), Hervé JOUBERT-LAURENCIN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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