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La rentrée, quelle rentrée?




Après un été agité, le conflit des intermittents ne désarme pas. Alors que les assises pour le spectacle vivant, programmées par le ministre de la Culture, tombent à l'eau, les forums et espaces de débats se multiplient.


Jean-Jacques Aillagon a accordé un long entretien à La lettre du spectacle, éditée le 12 septembre. On n'y apprend pas grand chose de neuf. Mais on retient cette citation du ministre de la Culture, mise en titre par La lettre du Spectacle : « Un sabotage de la rentrée serait une triste chose ! ». Et le sabotage du régime de l'intermittence par l'accord du 26 juin ? Contre l'avis unanime de toutes les organisations représentatives des milieux culturels qui estiment que cet accord est néfaste et continuent à demander le retrait de l'agrément ministériel, Jean-Jacques Aillagon persiste dans la méthode Coué : « J'ai effectivement eu une part de responsabilité dans cette affaire, je la revendique, c'est celle d'avoir sauvé le régime de l'intermittence ». A le suivre, les intermittents reconnaissants devraient se précipiter rue de Valois pour baiser les pieds de leur sauveur ! Le hic, c'est que les « sauvés » s'estiment plutôt massacrés. Et la mobilisation de cet été, si elle cherche encore la façon dont elle peut s'inscrire dans la durée, n'est pas en voie d'essoufflement. D'actions en occupations, d'assemblées générales en rassemblements, les différentes coordinations maintiennent un peu partout en France une pression constante.
Sur l'accord lui-même, plusieurs recours juridiques ont été intentés. Si la justice venait à donner gain de cause à ces plaintes, il faudrait reprendre les négociations. Le ministre de la Culture pourrait trouver là une fenêtre politique pour reprendre la main sur ce dossier. Or, curieusement, Jean-Jacques Aillagon referme lui-même cette fenêtre avant même qu'elle ne soit éventuellement ouverte ! « Supposons », explique t-il dans La lettre du Spectacle, que les juridictions compétentes reconnaissent qu'il y a eu « un vice dans la procédure » : « Que se passerait-il ? Les partenaires sociaux se réuniraient dans la même formation, délibéreraient à nouveau sur le texte et le soumettraient à l'agrément. Le débat sur la procédure ne change rien au fond de l'affaire »... Mais quel est le « fond de l'affaire » ? Jean-Jacques Aillagon est un ministre très impressionnable. Dans son bureau, bien avant l'ouverture des négociations, le président du Medef lui a dit que l'organisation patronale allait dénoncer les annexes 8 et 10 et mettre tout le monde au régime de l'intérim. Que, depuis, Ernest-Antoine Seillière ait reconnu que c'était un coup de bluff pour « provoquer la réforme » ; et que de toute façon le Medef n'avait en rien le pouvoir de défaire à lui seul un cadre qu'avait institué le Parlement en 1969, Jean-Jacques Aillagon le passe sous silence. Il endosse sans broncher le rôle du couard face aux rodomontates du Medef. Cela semble beaucoup plus l'impressionner que l'annulation des festivals de l'été et la mobilisation continue des intermittents. Au moins, les choses sont claires : le ministre de la Culture est aujourd'hui aux ordres du Medef. Comme l'ensemble du gouvernement, semble t-il !
Et la rentrée, dans tout ça ? Elle ne sera pas de tout repos. En quête d'un nouveau QG, la Coordination des Intermittents et Précaires, guère satisfaite du commissariat exigu que lui a fourni la Ville de Paris, s'est installée au Théâtre de la Ville et a tenté d'occuper un hôtel particulier appartenant à Gérard Depardieu, laissé à l'abandon depuis plus de dix ans. L'acteur a requis la force public, qui a violemment délogé les occupants du lieu mercredi soir. En région, les initiatives se multiplient. A Montpellier, l'assemblée générale du personnel des Treize Vents, Centre Dramatique National, a suspendu l'ouverture de saison. L'équipe du Lieu Unique, à Nantes, est dans une position semblable : la programmation du premier trimestre de la saison a été annulée. Même si ces deux cas n'ont pas fait tâche d'huile, d'autres résistances s'organisent. En région Pays de Loire, la coordination appelle à une « semaine de mobilisation nationale, sans spectacle, du lundi 13 au dimanche 19 octobre inclus ». A la même époque, Jack Ralite relancera, au Zénith de Paris, les Etats Généraux pour la Culture.
Jean-Jacques Aillagon avait imaginé « déminer » le terrain en lançant des Assises régionales, puis nationales, du spectacle vivant. Cette proposition a fait un flop total : le Syndeac (Syndicat des entreprises artistiques et culturelles) a décidé de boycotter ces réunions, que les intermittents entendaient bien perturber voire empêché. Et le ministre de la Culture a d'ores et déjà été contraint d'annuler les assises régionales, se contentant de demander aux DRAC d'organiser un semblant de concertation. Le ministre lui-même ne peut plus guère se déplacer.
Il a ainsi été contraint d'annuler sa venue à l'inauguration de la Biennale d'art contemporain de Lyon, qu'il a visitée en catimini, mardi dernier, prévenant au dernier moment, du TGV, le maire de Lyon !
Pas d'assises, donc, mais des « contre-assises » qui commencent à s'organiser. A Aubusson, cette contestation a pris la forme d'un « gouvernement imaginaire » qui convie le public toute cette semaine au Théâtre Jean Lurçat, afin de faire émerger « de nouvelles propositions d'action face un gouvernement peu enclin au dialogue social ». Le 20 septembre à 11h du matin, devant la mairie d'Aubusson, le Président de ce gouvernement imaginaire prononcera un discours très attendu ! A Audincourt, le Théâtre de l'Unité a mis en place des « contre-assises » dont la première séance, apparemment très fructueuse, a eu lieu. Prochains rendez-vous à Saint-Hilaire. Le 27 septembre, et à Audincourt, le 1er novembre.
Et un peu partout, de multiples forums, débats et rencontres s'organisent (voir, ci-dessous, un premier calendrier). Cette mobilisation exceptionnelle débute dès ce week-end, que le ministère de la Culture avait décidé de consacrer aux « Journées du Patrimoine ». Cela devait servir à magnifier les hauts-lieux du passé. Mais le patrimoine de demain, quel sera t-il ? Des Rencontres de la Villette aux Auteurs en crise réunis au Théâtre du Rond-Point, d'une journée de forum à la Maison de la Culture d'Amiens aux « forums citoyens » engagés ici ou là, il ne sera pas seulement question de politique culture, mais d'une mise en perspective plus large : dans quelle société voulons-nous vivre ? En la matière, il y a du pain sur la planche, et il s'agit de montrer que le grain à moudre ne vient pas des seuls moulins du Medef !





Calendrier des prochains rendez-vous

19 septembre
Au Havre, réunion des directeurs de salles de Haute-Normandie
à 9 h 30, au Volcan

19 et 20 septembre
1ères Rencontres Nationales des Artistes Plasticiens
Grande Halle de la Villette, Paris
(lire par ailleurs)

20 septembre
Journée d¹action nationale du Syndeac : Culture : patrimoine en danger ! Une lettre ouverte à l¹attention du public des "Journées du Patrimoine" sera diffusé dans tous les lieux participants. (à consulter en ligne sur mouvement.net et sur www.syndeac.org


Culture en crise 50 auteurs s¹expriment.
Théâtre du Rond-Point à Paris, de 11 h à 18 h
(lire par ailleurs)

A l'Atelier du Plateau, 5 rue du Plateau, Paris 19e, tél. 01 42 41 28 22
L'Atelier du Plateau invite à partir du 19h à raconter votre été agité et évoquer vos opinions : annulations, grèves, forums, débats, etc.

Au Forum culturel du Blanc-Mesnil, forum citoyen à 18 h 30
« la question des intermittents et les conditions actuelles du spectacle vivant »
tél : 01 48 14 22 33

Au Studio-Théâtre de Vitry, à 20 h
débat sur le théâtre engagé aujourd'hui.
avec la participation de Philippe Ivernel, Jean-Marc Lachaud et Olivier Neveux
Studio-Théâtre de Vitry, 18 avenue de l'Insurrection, 94400 Vitry-sur-Seine

20 et 21 septembre / Journées du Patrimoine
Les journées du patrimoine sont rebaptisées « Culture : patrimoine en danger »
Journées d'action nationale
Entre autres :
A la Maison de la Culture d'Amiens, forum-débat le 20 septembre à partir de 10 h
A Montpellier, « Qu'ils parlent les artistes ! » au CCN, 21 septembre à partir de 14 h 30,
Avec la participation de Louis Sclavis, Bernard Lubat, Marc Baylet, Laurent Pichaud, Maguy Marin, Marc Siffert
A Nancy, Au CDN de Nancy-Lorraine / Théâtre de la Manufacture
Le 20 septembre de 14 h à 20 h : les arts, la culture en
questions.

22 et 23 septembre
Les parlementaires de l'UMP se réunissent avec le gouvernement à Nancy. Le Collectif de la Rue qui Gouverne organise un grand rassemblement pour ceux qui veulent défendre des visions différentes de la société.
(http://nany-luttes.net/JourneesParlementaires

23 septembre
Assemblée générale des adhérents du Syndeac, à Paris

Au Grand Mix à Tourcoing, à 18 h 30.
Les artistes et professionnels du Nord/Pas-de Calais, réunis dans un Comité de Vigilance, ont rédigé une plate-forme pour la mise en œuvre d'une politique culturelle et artistique en région Nord Pas de Calais, qu'ils soumettent à un débat public.

25 septembre, 9 et 23 octobre, 6 et 20 novembre
Au Studio Théâtre de Vitry, « Que faire ? », rencontres-débats
(lire par ailleurs)

26 septembre,
A Montevideo / Marseille
A 18 h 30 projection du film « Nous avons lu le protocole du 26 juin 2003 ».

Au Théâtre d'Arles
Rencontre-débat avec Jean-Marc Adolphe, rédacteur en chef de « Mouvement »

27 septembre
Au Vivat d'Armentières,
à 16 h, Le Vivat ouvre sa saison en débat
"Les intermittents du spectacle : quel avenir ?" Rencontre en présence de Jean-Marc Adolphe, rédacteur en chef de la revue Mouvement, la coordination des professionnels de la création Nord/Pas-de-Calais, Jean-Pierre Delcourt, président du Vivat et adjoint à la Culture de la Ville d¹Armentières, Daniel Larrieu, Joanne Leighton, Thomas Lebrun et Christine Corday, chorégraphes, les fous à réaction [associés], compagnie théâtrale

29 septembre au 1er octobre
Au Centre Dramatique National de Normandie, à Hérouville Saint-Clair
REVENIR AUX FONDAMENTAUX : Liberté, égalité, fraternité dans l'art et la manière de le faire, trois journées de forums.

4 octobre
Au Forum culturel du Blanc-Mesnil, forum citoyen à 18 h 30
« Quel avenir pour la création ? »
tél : 01 48 14 22 33

5 octobre
Atelier de Création Radiophonique, France Culture, de 22 h 40 à minuit
Danse/Intermittences

13 ocrobre
Au Zénith à Paris,
Etats Généraux de la Culture
*
13 et 14 octobre
Quel devenir pour la culture ?
Forum à Saint-Étienne / partenariat entre ATTAC Loire, la Comédie de Saint-Étienne et la Coordination des Professionnels du Spectacle de la Loire (CPSL).

13 au 19 octobre,
Semaine morte pour une culture vivante
Gel des spectacles en Pays-de-Loire

16 au 18 octobre
Le Syndeac appelle à trois journées d'action nationale


Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2003-06-18

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : intermittence,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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