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Fermeture du centre d'art de Salamanque




Le mois dernier, le centre d'art de Salamanque, en Espagne, ouvert depuis moins de deux mois ferme ses portes. S'agit-il d'un cas isolé ou du début d'un processus ? La revue en ligne espagnole Brumeria s'interroge sur l'avenir de ces centres et sur les stratégies politiques en jeu.


A la fin des années 1980, depuis l'inauguration du musée national d'art Reina Sofia, plus d'une trentaine de musées et de centres d'art contemporain ont ouvert. Les financements de la plupart d'entre eux sont publics. C'est un cas unique dans la communauté européenne comme d'ailleurs dans le reste du monde. Seul le programme des Frac en France portés dans les années 80 par un projet clairement articulé d'intervention publique dans les processus de distribution, de circulation et d'exposition de l'art contemporain et, en son temps, l'émergence des Kunsthallen et Kunstvereine allemandes peuvent être considérés comme des antécédents à la mise en marche et au développement des centres d'art sur le territoire espagnol. Mais sans définition claire des projets et des objectifs, le fonctionnement de ces centres est directement lié aux difficultés rencontrées par les différents secteurs de la culture, difficultés elles-mêmes dues à la transition (terriblement mal expliquée) de la dictature à la démocratie.
Le pouvoir politique et administratif de l'Etat, des communautés et des municipalités a impulsé les centres d'art, les a financés, a laissé faire et n'a eu de regard que pour leur rentabilité à moyen et court terme en matière d'électeurs et d'image. Il est certain que la liberté de ces centres s'est fondée, se fonde toujours, sur une politique de laisser faire et sur la complaisance de quelques agents culturels qui en de rares occasions, pour ne pas dire jamais, posent des problèmes à l'institution qui elle, dans tous les cas, paie. En échange, nous disposons d'une création de culture visuelle partisane de l'ordonné, du complaisant et du neutre (il n'y a qu'à voir la représentation officielle et officieuse de la Biennale de Venise)
De manière générale, la dernière vague des centres est constituée d'une série d'établissements cloniques qui visent à se confronter à la sphère internationale, important expositions et modèles, sans jamais questionner l'équilibre officiel de l'art espagnol des cinquante dernières années, sans élaborer de propositions compromettantes, etc. (...) Cependant, il existe tout de même des lieux qui, ayant acquit une autonomie de fonctionnement et mis en place des critères de programmation, offrent des propositions alternatives, ceci malgré de possibles défaillances: Le Macba de Barcelone, l'EACC de Castellon, Arteleku, la Casa de Salamanque entre autres.
La Casa (centre d'art de Salamanque) a été inauguré il y a un an et demi dans le cadre du programme de Salamanque 2002, ville européenne de la culture. Depuis, la Casa a tenu un rythme quasi frénétique d'expositions personnelles (Lorna Simpson, Mona Hatoum, Mark Lewis, Cartier Bresson, Jean-Marc Bustamante, Nic Nicosi, Luc Tuymans...), d'expositions collectives (Encargos fotograficos, Imago 02, Comer o no comer, Niños...). Le centre a également mis en marche une bibliothèque thématique, a coproduit des événements avec d'autres institutions et a surtout mené une activité éditoriale largement supérieure à toute celle menée par les centres d'art jusqu'à ce jour (catalogues exhaustifs de toutes les expositions, livres de Jacques Rancière, José Luis Brea, Régis Durand, textes et entretiens de Jeff Wall, Victor Burgin...)
Puis, quand le centre a commencé à consolider son fonctionnement, lors de son dix-huitième mois d'activité, le maire de Salamanque, Don Julian Lanzarote, a décidé de célébrer cet anniversaire en annulant les décrets de création de la fondation du centre d'art de Salamanque, licenciant l'équipe artistique et le personnel auxiliaire, laissant les expositions en cours entre les seules mains des gardiens et de l'entreprise de transport et de montage des expositions, obligeant ainsi le directeur Alberto Martin à présenter sa démission.
D'après ce que nous en savons, il s'agit ici d'une initiative sans précédent, d'un authentique coup de force du Parti Populaire (le parti d'Azenar) contre l'autonomie de la gestion culturelle. Ce coup de force a-t-il été joué par la frange extrême la plus fasciste du PP ou par des alliances entre politiques et gens du monde de l'art ? Nous ne l'apprendrons pas de sitôt, si jamais nous l'apprenons un jour.
Mais attention ce premier coup de force n'est sans doute pas le dernier.

Brumeria. Practicas, estéticas y politicas.


Publié le 2003-09-24

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) : art visuel, politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : Espagne, musée, politique culturelle,
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Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir : http://www.altedicienes.com/brumeria.htm