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Singularité contagieuse


Festival Les informelles



Si Les Informelles 2003 initiée par le théâtre des Bernardines, qui se déroulent actuellement à Marseille, restent avant tout une manifestation artistique, elle ne peut bien évidemment pas être déconnectée du contexte social et politique actuel.


La nécessité des Informelles ne repose pas tant sur le concept de la proposition que sur les glissements dans l'approche globale de l'acte artistique qu'il induit. Il s'agit certes d'offrir d'autres temps de représentation, débarrassés du poids de la production à long terme, de travailler sur l'envie, l'expérimentation, la tentative, l'ébauche... Mais l'erreur serait d'isoler les Informelles dans une niche expérimentale, de les déconnecter des enjeux de production du spectacle vivant. Ce «festival» deviendrait alors l'un de ces petits ghettos où, pour se donner bonne conscience, et à peu de frais, le pouvoir politique parque une partie des «marginaux» qui refusent de se plier au diktat de la réalité du marché.
Il est donc important de noter que si cet événement est organisé par un «théâtre de recherche»,en l'occurence le théâtre des Bernardines, il s'inscrit profondément dans la ville grâce à la participation active de plusieurs autres structures (le Théâtre de Lenche, la scène nationale du Merlan, Le Théâtre de la Minoterie, Montévidéo, le studio Kéléménis, le Festival Dansem).

Faut-il alors préciser que l'on est à l'exact opposé de la politique culturelle actuelle qui ne vise qu'à la labellisation de produits finis, clos et définitifs? Ici pas de critères «d'excellence» et/ou de rentabilité, pas de normes, pas de présupposés sur ce que doit être un acte artistique réussi. Faut-il également préciser que les artistes accueillis comptent parmi ceux qui sont les plus fragilisés par la réforme en cours du statut des intermittents? Non pas parce qu'ils sont moins talentueux, mais parce qu'ils œuvrent souvent dans les marges, les lisières, les frontières, ces endroits de passage entre les formes, les choses, les mots, les corps et bien sûr les êtres. On est encore et toujours dans la recherche de liens et d'alliances possibles entre nous et le monde. Le titre générique de cette édition 2003 est à lui seul un manifeste: Singuliers, pluriels. «Ce qui se dit là c'est qu'un pluriel se fait avec des singuliers», peut-on lire sur la plaquette de présentation.
Les interrogations que soulève cette manifestation participent donc bien d'un mouvement politique généralisé (et lui aussi encore informel) qui vise à changer le monde tout simplement parce qu'il dévoile une autre part de la réalité.

Les Informelles jusqu'au 11 octobre à Marseille. Rens : 04 91 24 30 40

Fred KHAN,
Publié le 2003-09-24

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : festival, politique culturelle, expérimentation,
Artiste(s) : Fred KHAN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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