Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Mon témoignage
Marc François est acteur, metteur en scène. Il était invité à lire un texte de Didier-Georges Gabily dans le cadre des lectures organisées à la Chartreuse au festival d'Avignon. Très inquiet de l'avenir de sa profession, il contribue à travers ce témoignage au mouvement de lutte des intermittents.
« J'ai reçu une lettre des Assedic du spectacle disant que je n'ai travaillé que 2 ans et 9 mois de 1992 à 2002. J'ai ri. Dans cette absurdité. Car pendant ce temps, outre plusieurs apparitions sur scène en tant qu'acteur et plusieurs stages en tant que professeur, j'ai mis en scène dix spectacles. Donc un par an. Dans des théâtres subventionnés. Centres nationaux, scènes nationales. Avec tournées. Je ne parlerai pas de trois spectacles en plus des dix que je n'ai pu mettre en scène que, sans argent. Donc pas salarié. Ces dix spectacles, sauf deux, avec des troupes importantes d'une trentaine de personnes que j'ai payées. Déclarées. J'ai travaillé, recherché chaque fois, chaque année, la production pour les payer. Et la liste des coproducteurs était souvent très longue. Charges patronales, sociales, salaires nets, Payés. Salles de répétitions, ateliers de décors, de costumes, Payés. Évidemment photocopies, téléphone, poste, papiers, ordinateurs, fax et tatata, Payés. Toutes ces recherches de productions, Pas Payées. Recherche encore, choix de l'équipe, travail avec le scénographe, le costumier, l'éclairagiste, maquettes, dessins successifs, Pas Payés. Errances, doutes, curiosité, réflexions, désaccords, accords, documentations, Pas Payés. Tous les écrits, articles, interviews, interventions dans les lycées, les universités, conférences, Pas Payés. Pour ce même travail, un PDG, Payé, Salarié, Défrayé et tutti quanti. Je dis cela car j'ai reçu aussi une lettre du CARCICAS, c'est-à-dire ma Caisse de retraite des cadres de l'industrie cinématographique des activités du spectacle et de l'audiovisuel. Je ne comprends pas d'ailleurs que le A d'Audiovisuel ne soit pas inscrit. Tant qu'à faire. Je suis donc cadre d'une industrie. Nous sommes donc frères, cher Seillière.
AVIS DE LA POPULATION
Nous abusons des Assedic. Nous en profitons. Pour prendre du bon temps. Pour paresser. Pour s'amuser surtout. Être bohême. Avoir aussi le temps pour aller mal quelquefois. Le comble. En fait, fatigue et dégoût profonds. Grandissants. Jusqu'à écœurement. En vomir, s'il faut voir. Arrêt donc de la mise en scène. Justement en 2002. 2003, Rmiste. Maintenant, acteur. Pour la télévision. Rôle du coupable d'un épisode de la PJ. Seulement deux jours de tournage. J'ai calculé qu'il faudrait que je joue le rôle titre du coupable dans une vingtaine d'épisodes pour obtenir les Assedic, et ceci, en neuf mois d'après la nouvelle loi. Vous verriez ma gueule dans tous les coupables possibles des séries télévisées. Parlons-en, des coupables. J'allais oublier. Ce que nous cherchons toujours à oublier. Devoir, chaque mois, sur la feuille de pointage des Assedic, cocher la dernière case : N'a pas travaillé. Mensonge obligatoire. Qui fait désormais douter de notre parole. Qui plonge comme un baptême, dans la honte. Nous plonger dans les pêchés. Baptême à l'envers. Obligation d'être à l'envers. Plus jamais à l'endroit.
« Au milieu du chemin de notre vie,
Je me retrouvai par une forêt obscure,
Car la voie droite était perdue.
Ah dire ce qu'elle était, est chose dure,
Cette forêt féroce, et âpre, et forte,
Qui ranime la peur dans la pensée ! »
Début de la Divine Comédie de Dante. Que vous avez sûrement dans votre bibliothèque ? Que je me répète souvent de manière lancinante. Nous irons au Paradis quand d'autres n'y seront plus. Allons-y et pourquoi pas ? Soyons chrétiens avec la fameuse parole : «Les derniers seront les premiers ». Entendez-vous ou ne faites-vous qu'écouter ? Chrétiens qui nous gouvernent, serrés aux premiers rangs, à l'Église, photographiés, filmés, aux enterrements des célébrités, d'hommes politiques, de chefs d'entreprises, d'artistes aussi, surtout, vous vous y greffez. Intermittents tous. Alors vous pouvez entendre. Qu'il vaudrait mieux que l'on ne soit pas les derniers. C'est dangereux pour vous. Salut. Hypocrites de première. Mes frères. Pêcheurs impénitents comme on dit. A la messe même. Attention, trois petits points, de suspension, point de salut. »
Marc FRANÇOIS,
Publié le 2003-09-24
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : parole
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : industrie culturelle, intermittence, témoignage,
Artiste(s) : Marc FRANÇOIS (metteur en scène), Marc FRANÇOIS (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :