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Quand Télérama mène "l'enquête"...




Par Jean-Marc Adolphe


Ciel! En quelle désuétude est tombé le journalisme d'investigation ! Cette semaine, Télérama, bible cathodique de gauche, se fend d'une couverture pour le moins accrocheuse: «Trop d'artistes?». Comme il est dit en pages intérieures: «le point d'interrogation atténue à peine la provocation». Diable, Télérama qui se met à faire dans la provocation: on doit en trembler dans les chaumières et sous les lambris de la rue de Valois, temple du ministère de la Culture.
Marc Jézégabel s'interroge: «Une nation peut-elle sérieusement se reprocher d'avoir tant d'artistes? Non, évidemment. Sauf si l'on décrète, à la veille de l'été, que leur coût est devenu insupportable». Tout est dans le «sauf si»... C'est que «depuis des décennies, l'Etat s'est lâchement défaussé sur l'Unedic». Tiens, voilà que Télérama sert le petit lait dont s'abreuvent les gestionnaires de l'Unedic, Medef et CFDT.
Attention, Télérama a mené «l'enquête», comme ils disent. L'enquête en question, sous la plume de Catherine Firmin-Didot, est un ramassis de généralités, d'approximations, de citations plus ou moins anonymes (sauf Pierre-Michel Menger, auteur de Portrait de l'artiste en travailleur, convoqué à deux reprises). On y passe de vagues considérations sur le budget de la Culture à la télé-réalité, en passant par l'inévitable révérence à La Société du spectacle de feu Guy Debord (c'est qu'on est cultivé, à Télérama !). Au fait, depuis le 26 juin, se sont formés en France une trentaine de coordinations et de collectifs d'intermittents. Mais «l'enquête» de Télérama n'en a pas trouvé la trace; ce ne sont pourtant pas des mouvements clandestins !

Et la mise en pages est à l'avenant. Deux citations sont grossièrement mises en exergue. L'une dit: «Il est simple de se faire connaître avec un site Internet. Et même de sortir un disque, car le prix du matériel a baissé». Ben voyons. Et la seconde citation, attribuée à un mystérieux «Marc, 23 ans», est du même tonneau: «J'ai essayé un peu de tout, l'intérim, le bâtiment, l'usine. Mais finalement, ce que j'aime, c'est la musique». C'est exactement l'eau du moulin du Medef et du ministre de la Culture: le régime de l'intermittence est devenu un refuge (c'est-à-dire, pour eux, un dépotoir) pour tous ceux qui ne veulent pas travailler pour de vrai.
On passe sur les dessins d'un certain Diego Aragena, qui représentent la moitié de la surface de ces pages. Dans l'un d'eux, on voit des «artistes» schtroumpfés en amanites. Et le texte proclame: «Ils poussent comme des champignons, on arrive même plus à faire l'appel tellement c'est le délire, ils sont les forces vives de la nation, on en mange à tous les repas et sans eux la vie aurait un vieux goût de potage. Ce sont les ARTISTES... décrétés d'utilité publique».
Au fait, dans les pages de cette enquête de haute volée, figure une publicité du Crédit Coopératif avec ce slogan fort à propos: «L'éthique, ça vous démange?». Eh bien non, à Télérama, ça ne les démange pas trop... Bien confraternellement,


Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2003-09-25

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : édito
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) : intermittence, Télérama,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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