Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Une « agora réunionnaise » au Musée d'Art moderne
Quel rapport la métropole entretient-elle avec ces territoires à mi-chemin entre le département et la colonie que sont les DOM-TOM ? Comment la communauté s'est-elle inventée une identité ? Telles sont les questions posées par les artistes exposés au MAM jusqu'au 28 septembre prochain.
Un homme debout sur l'asphalte d'une route mouillée. Ses pieds nus reposent sur une île d'argile dont le pigment rouge macule aussi ses jambes. Ancrage dérisoire dans la terre des ancêtres ? Ou marque d'une origine impossible à détacher du corps ? Cet autoportrait photographique de Thierry Fontaine, volontairement acéphale, ouvre l'espace réservé à l'art réunionnais et à son identité tronquée dans l'exposition « Déplacements » qui se tient au Musée d'Art Moderne jusqu'au 28 septembre prochain. Cette figure ambiguë, noyée dans les sons diffusés en direct du marché de Saint-Denis de la Réunion, nous conduit à une question rarement posée : quel rapport la métropole entretient-elle avec ces territoires à mi-chemin entre le département et la colonie que sont les DOM-TOM ? A cette question s'y joint immédiatement une autre : comment ces populations d'origines diverses (anciens esclaves venus d'Afrique ou de Madagascar, Chinois immigrés...) fabriquent-elles de l'identité, peuvent-elles même inventer une communauté réunionnaise ? Pour acheminer le visiteur vers ces questions et vers le commencement d'une réponse, un ensemble de cinq moniteurs diffusent dans un même temps les paroles polyphoniques d'une dizaine d'intervenants. Cette « agora réunionnaise », conçue par Jean-Christophe Royoux et Caecilia Tripp, fait écho aux mélanges linguistiques et culturels de l'île. Ce « dispositif documentaire » (et cela pose la question intéressante du statut de ce type de travail à l'intérieur d'un musée) est conçu comme un espace préalable à toute critique de l'art contemporain réunionnais. Un espace forcément un et multiple, ici et ailleurs, à l'image de ce territoire flottant fait de « la réunion des déplacés ». La nécessité de bricoler une mémoire s'exprime dans les vidéos-performances d'Alain Louis Padeau et de Jack Beng-Thi qui réinventent, par le rituel, la magie et l'épreuve du corps, le discours forcément barré des origines. « Peut-être est-ce un travail de mémoire sans le savoir que je fais, un travail dans le temps, la distance, afin de remettre le petit chaînon manquant... Je repasse l'histoire en boucle pour redire l'histoire, ou aller plus loin dans une histoire à dire » (Alain Louis Padeau).
A noter : jeudi 25 septembre, une table ronde est organisée à 18h au Musée d'Art Moderne sur le thème de la créolisation. « Plutôt que de créolité, il faut parler de phénomènes de créolisation. Quelles sont leurs expressions artistiques, linguistiques, sociales, culturelles ? » (Françoise Vergès). Avec Jean-Christophe Royoux (critique), Françoise Vergès (critique post-coloniale), Jean-Claude Carpanin Marimoutou (Institut d'Etudes Créoles et Francophones), Attila Cheyssial (architecte et sociologue).
Cette rencontre est suivie d'une performance d'Alain Louis Padeau : « Ouverture des yeux ou rituel de la cage ».
Anne-Sophie VERGNE,
Publié le 2003-09-25
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) : art visuel, communauté,
Mot(s) Important(s) : identité, exposition, territoire,
Artiste(s) : Anne-Sophie VERGNE (rédacteur), Jean-Christophe Royoux (critique), Thierry FONTAINE (photographe), Caecilia TRIPP (plasticien), Alain-Louis PADEAU (plasticien), Alain-Louis PADEAU (vidéaste), Françoise VERGÈS (critique), Jean-Claude CARPANIN MARIMOTOU (professeur), Attila CHEYSSIAL (architecte),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :