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L'humanisme détrôné




Enigmatique et complexe, Le Marchand de Venise est pourtant l'une des pièces de Shakespeare les plus représentées. La haine qui s'y exprime à l'égard du juif génère le trouble et l'incompéhenssion. Pour Stéphane Braunschweig, l'argent y est au centre, y compris des relations amoureuses.


Le marchand de Venise que vous venez de mettre en scène est une comédie. Pourtant, quand on lit le texte, il y a des questions assez dures qui émergent et notamment celle, sans doute trop évidente, de l'antisémitisme.


Stéphane Braunschweig: Je n'ai jamais pensé que cette pièce puisse être antisémite mais quand les personnages disent «sale Juif», «Juif infâme» sur scène ça fait froid dans le dos! Cela a parfois même créé des malaises au cours des répétitions. Puis, lorsqu'on découvre la pièce on s'aperçoit que non seulement elle n'est pas antisémite mais elle n'est pas non plus une critique de l'antisémitisme: ce n'est pas le sujet. Le sujet, chez Shakespeare, c'est toujours l'humain. Quand l'humain est antisémite cela déporte le sujet de ce côté-là. Au fond, la question se noue autour d'un affrontement économique entre celui qui prête à intérêt et celui qui prête à taux zéro. Prêter à intérêt, c'est bien ce que font tous les banquiers aujourd'hui et nul ne songerait à le leur reprocher. Dans la pièce, le Juif est rejeté par les chrétiens justement parce qu'il prête à intérêt. À l'époque, les juifs ne pouvant faire commerce comme les autres, le seul moyen pour eux lorsqu'ils avaient de l'argent était de le faire fructifier. Le prêt à intérêt était toléré, d'autant que les chrétiens en avaient besoin pour faire fonctionner leur économie. C'était à la fois critiqué et toléré. Dès le départ le rapport est ambivalent.

Maïa BOUTEILLET,
Publié le 1999-03-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : adaptation, classique, comportement, couple, désir,
Artiste(s) : Maïa BOUTEILLET (rédacteur), Stéphane BRAUNSCHWEIG (metteur en scène), William SHAKESPEARE (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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