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Sensation de décadence générale
Dans Donde más duele (Là où ça fait le plus mal) qu'il présente au festival d'Avignon, Ricardo Bartis cuisine les restes du «mythe dévalué» de Don Juan.
(Buenos Aires, correspondance)
«Le Don Juan est un mythe dévalué, affirme Ricardo Bartis, parce que notre époque marquée par la dégradation a transformé les mythes en fétiches». Et Donde más duele s'arrête exactement à cet endroit: celui du déclin. Le spectacle présente un Don Juan vieux, malade, sans plus aucune possibilité de séduire, rien d'autre qu'une projection du regard féminin. C'est un homme qui n'est pas mort quand il aurait dû mourir. Sexualité et pouvoir se combinent dans Donde más duele. Trois femmes, au cours d'une étrange vie de famille, font tourner leur existence autour d'un homme décadent, occupant un endroit dont il n'a plus le contrôle, un Don Juan qui ne fait que survivre, qui n'est plus que le souvenir de ce qu'il fut. Ces femmes, accrochées à un discours fanatisé de l'amour, le poussent et le bousculent, essaient de le convertir en quelque chose qu'il n'est plus, désirent cet homme qui n'existe plus, bien que conscientes de l'irréversibilité de la situation. La mise en scène présente deux espaces: l'un devant, intérieur, qui correspond au domaine de l'intime, construit avec toutes les conventions de la théâtralité, et l'autre, derrière, extérieur, qui apparaît en faisant glisser un rideau, et qui n'est autre chose qu'un patio, presque réel. La coexistence des deux endroits et le passage des acteurs de l'un à l'autre, réveillent l'étonnement chez le spectateur, et la sensation perturbatrice que tout cet aspect si « théâtral », surchargé, et en même temps presque inavouable de ce qui se passe à l'intérieur, peut avoir lieu dans une chambre contiguë au patio de la maison même. La famille, le familial devenu étrange: un autre sujet de la pièce. Il n'y a pas d'argument très percutant dans Donde más duele, le raconter a peu d'intérêt. Le théâtre de Bartis ne cherche pas une vérité psychologique ou réaliste. Les personnages passent arbitrairement de moments de forte tension à d'autres de fort relâchement.
Ce petit univers qui apparaît dans Donde más duele, engendre par ailleurs une autre lecture, en renvoyant à une sensation de décadence générale, qui transcende le monde intime et se projette dans le domaine du public, du politique. Sur la scène se respire un climat de maladie, d'agonie, de regret du passé. Une triste sensation généralisée d'avoir à s'accrocher à un fétiche pour survivre.
(traduction Ludovic Lamant)
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Edith SCHER,
Publié le 2003-07-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : pouvoir, amour, théâtre,
Artiste(s) : Ricardo BARTÍS (Metteur en scène), Edith SCHER (rédacteur), Ludovic LAMANT (traducteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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