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Dansem à Marseille


La vie à flux et à flot



Le Festival Dansem, dirigé par Christiano Carpanini, est bien plus qu'une simple accumulation de spectacles de danse.


Certes, Dansem est une fenêtre marseillaise sur la création chorégraphique méditerranéenne. La possibilité de voir des artistes peu ou pas diffusés en France. Mais derrière le festival existe une structure permanente, l'Officina, un véritable acteur du développement de la danse contemporaine en Méditerranée. Un accompagnateur. L'Officina est inscrit dans le réseau DBM (Danse Bassin Méditerranée). Ce projet de coopération, autant culturel que politique, entre organisations indépendantes, institutions et professionnels, vise à faciliter la production et la circulation d'aventures artistiques et humaines. Un réseau qui, à sa manière, participe, à une forme d'altermondialisme. “A l'échelon de la politique européenne en direction des pays méditerranéens on constate que s'amplifie l'écart entre la réalité concrète des échanges culturels et les discours institutionnels sur le dialogue de culture et de civilisation : la création d'hyper structures prive la possibilité de partenariats dont ont besoin les projets singuliers et qui nécessitent pour se développer des cadres souples”.
Ces cadres souples sont constamment à réinventer. Et toutes les opportunités doivent être exploitées pour ouvrir les frontières. Ainsi Dansem participe aussi au projet européen LVEARE 03 qui permet à quatre compagnies (Mal Pelo, Kinkaleri, TPO et Skalen) de circuler dans trois festivals européens (Contemporanea de Prato, le Stiges festival et Dansem). Marseille a donc tout naturellement accueilli les dernières créations de Kinkaleri et de Mal Pelo. Et personne ne le regrettera. Les esthétiques de ces deux compagnies diffèrent aussi profondément que leur propos respectif est pertinent. Kinkaleri est un collectif, alors que Mal Pelo est portée par une individualité très forte, Maria Munoz. On pourrait dire que Otto, la création de Kinkaleri, présenté à la Friche La Belle de Mai, parle de la chute sous toutes ces formes, alors que Atras los ojos de Maria Munoz, proposé au Théâtre des Bernardines (en collaboration avec Les Informelles), est une tentative d'élévation.
Otto, avec humour et en instaurant une connivence forte avec le public, démonte les codes de l'échec. Les protagonistes sont condamnés à échouer dans toutes leurs tentatives, seule l'intention importe. Le geste n'est même plus vraiment dansé tout en étant toujours chorégraphié. Le décor est un agencement de signes, de lignes et de quelques objets apparemment faciles à contrôler. Mais tous les stratagèmes pour maîtriser l'environnement vont quand même se retourner contre leurs auteurs. Et l'accumulation toujours plus importante de traces ne témoignera que d'une incapacité à construire autre chose que du vent. Le principe de jeu est suffisamment dynamique pour ne pas tourner au systématisme, dans un rapport au temps et à l'espace qui permet à la répétition d'évoquer le renouvellement.
Maria Munoz, elle aussi, puise allègrement dans d'autres champs de perception. Si elle s'exprime par la danse et s'y investit corps et âme avec une énergie incroyable, c'est dans une interaction constante avec d'autres signes. Des images sont projetées sur un écran ; un Dj étonnamment virtuose, Steve Noble, compose en directe l'univers sonore de la pièce ; elle-même n'hésite pas à longuement prendre la parole. Mais toutes ces incursions procèdent d'une logique implacable. Maria Munoz déroule un fil invisible qui nous guide dans le labyrinthe vertigineux de la vie. De la naissance à la mort en passant par des états amoureux, gracieux ou douloureux, en faisant appel à nos différentes mémoires animale et végétale, elle traverse des interrogations métaphysiques essentielles. Elle s'impose au plateau pas tant par sa technique de danseuse que par un investissement personnel et une singularité qui rendent sa présence évidente et nécessaire. Une puissance telle que, le temps d'un spectacle, le flot de la vie semble presque contenu.



Frédéric KAHN,
Publié le 2003-10-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) : création, chorégraphie, développement,
Artiste(s) : KINKALERI (compagnie de danse), Frédéric KAHN (rédacteur), Collectif SKALEN (compagnie de danse), Christiano CARPANINI (directeur de structure), Compagnie MAL PELO (compagnie de danse), TPO (compagnie de danse), Maria MUNOZ (chorégraphe),
Passage(s) : Marseille ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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