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Festival Les Informelles
Les lois de l'essai
Les Informelles, événement initié par le Théâtre des Bernardines à Marseille, travaille modestement à la réhabilitation des principes de tentative et d'essai dans tout acte de création.
Les valeurs marchandes ont tellement contaminé le champ artistique qu'aujourd'hui, pour se vendre, une proposition spectaculaire est censée répondre aux mêmes critères de satisfaction que n'importe quel produit manufacturé. Il est tout à fait compréhensible de réduire au maximum l'incertitude quand on achète une nouvelle voiture. En la matière, on aime les certitudes. Tout achat est définitif. Mais, à l'inverse, un spectacle, parce qu'il est vivant, n'est jamais totalement achevé. Dans le meilleur des cas, il trouve son aboutissement chaque soir, sur scène, dans un renouvellement constant avec le public.
Faut-il rappeler que toute rencontre artistique est une expérience, un processus de transformation dans lequel l'incertitude joue un rôle fondamental? C'est, sans doute, le moteur essentiel de la création. Vouloir le supprimer, c'est tuer tout désir d'art. La tentative n'est surtout pas un objectif, c'est un état. Les Informelles réaffirme cette évidence en la mettant en pratique sur le plateau.
Ici, bien sûr, la notion d'essai renvoie aussi à des conditions de production particulières: peu de temps et de moyens financiers pour concevoir, préparer et répéter les projets. Et pourtant, les propositions les plus convaincantes arrivent quand même à résoudre la question de l'enjeu spectaculaire. Quand la fragilité et l'inaboutissement n'est ni une fin en soi ni un constat d'échec, mais la promesse d'un devenir.
Stéfanie Seguin avec La géopolitique ça ne tient pas sur une carte, malaxe la matière identitaire. Avec des fragments de vie plus ou moins imaginaires, plus ou moins quotidiens et anecdotiques, elle nous renvoie à la figure cette part de mensonge inévitable et même nécessaire qui est à l'œuvre dans toute représentation de soi. Elle creuse à l'endroit sans doute très inconfortable d'une féminité à fleur de peau, autant sexuée que névrosée, mais sans fard. Et même les passages à vide et les moments d'ennuis deviennent alors la restitution d'un malaise existentiel. Stéfanie Seguin nous touche et nous émeut sans doute parce qu'elle appuie à l'endroit où nous sommes le plus vulnérable.
La chorégraphe Barbara Sarreau, elle aussi travaille à l'endroit de la vulnérabilité. Mais d'une toute autre manière. C'est un monde blessé qu'elle traverse, un monde ou toute tentative doit accepter sa part d'errements. Avec le comédien Laurent Marro et le musicien Raymond Boni, ils forment sur scène une première esquisse de communauté. Une société mutilée, mais vivante et surtout non résignée. Il est question de déplacement, de perte et de transmission. Et, de fait, quelque chose circule que l'on ne peut ni nommer ni clairement identifier. Une part indomptable, irréductible, indomesticable des corps et des gestes. La formulation d'un rapport au monde qui se construit sans intercesseurs ni censeurs et qui nous dit: "Ne vous soumettez pas!". On attend avec une certaine impatience les prochains soubresauts de cette Esquisse. En juin 2004, dans le cadre, lui aussi très ouvert, de la programmation du Théâtre du Merlan.
Fred KHAN,
Publié le 2003-09-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) : création, expérience, chorégraphie,
Artiste(s) : Fred KHAN (rédacteur), Stéfanie SEGUIN (chorégraphe-interprète), Barbara SARREAU (chorégraphe), Laurent MARRO (comédien), Raymond BONI (musicien),
Passage(s) : Marseille ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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