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L'état du corps au sol
Avril en mai
La chorégraphe suisse crée Avril en mai au Festival international de danse de Lausanne. Un spectacle obsédé par la chute, le coucher et l'état couché.
Comment ancrer son corps dans le sol lorsque le monde chavire? Où puiser l'intuition, les réflexes, la détermination nécessaires pour s'y mouvoir sans heurts? Fabienne Berger, dans sa nouvelle chorégraphie, aborde ces deux questions de front. Ces deux-là et pas beaucoup d'autres, ce qui est plutôt bon signe. Ici, point de fioritures ni de concessions aux yeux des spectateurs. Avril en mai est une pièce obsédée par l'état couché, par le recentrage de corps déboussolés, en mal de repères.
Créé samedi au Théâtre Sévelin 36 de Lausanne, en guise de clôture du 6e Festival international de danse de la même ville, le spectacle a été sérieusement élagué au cours des dernières répétitions. Le travail vidéo par exemple est passé à la trappe, bien que la captation et la projection d'images aient accompagné tout le processus de création. «On a fait de belles expériences, explique la chorégraphe. Mais il faut qu'on fasse, avec la vidéo, une pièce à part. Danse et images doivent s'interpénétrer de façon évidente. Ce n'était pas encore le cas, on a donc laissé tomber. Quitte à renoncer à quelques effets spectaculaires.»
Voilà un plateau nu, noir et gris foncé. Un éclairage blanc cru et mat. Comme filtré avec du papier-calque. Des zones d'ombres. Et par moments une lumière d'un rouge profond, aussi sombre que la pulsation des basses dans les haut-parleurs. Et voilà quatre danseurs habillés de blouses et de pantalons larges: beaucoup de bleu, des taches d'orange, de violet. Ils se penchent, chutent, se relèvent. Tremblent, lâchent prise. Presque irritant, à la longue. Mais une sérénité s'installe, peu à peu: ils ont trouvé leur manière d'être au sol. Se couchent à plat ventre comme dans les bras de la terre.
«Il s'agit de lâcher prise, Fabienne Berger, et de passer un cap. Le corps se laisse aller et perd momentanément ses repères. Mais ce n'est que pour mieux les retrouver. Comment? C'est assez mystérieux. C'est un déclic, peut-être un moment de grâce. Quelque chose à reconquérir chaque soir.»
Quatre protagonistes et non cinq, comme prévu: une danseuse s'est blessée il y a peu. Fabienne Berger a donc rejoint sa troupe par moments, samedi soir. Une manière de «prolonger notre façon de travailler» dit-elle. Pendant quelques semaines, jusqu'au rétablissement d'Anna Roethlisberger, elle fera pareil, sans pour autant assumer entièrement le rôle de l'accidentée.
Ce chamboulement se ressent, la dynamique change. La chorégraphie, amputée d'un de ses éléments, boite un peu. Mais, même involontaire, ce n'est qu'un effet de plus dans un ensemble de décalages voulus. Scénographiques, tout d'abord. Les projecteurs découpent des zones d'ombres et non de lumière: dos mal éclairés, découpage déjanté. Puis, le centre du plateau n'est pas celui de la chorégraphie, et les danseurs jouent avec l'orientation du public. Enfin, le titre: Avril en mai. Cela évoque l'écart, un bond printanier en avant. A lire comme le premier vers d'une chorégraphie-poème.
Avril en mai, de la Compagnie Fabienne Berger. Théâtre Sévelin 36, Lausanne (CH). Jusqu'au 12 octobre. Ma, ve, sa 20h30, me et je 19h, di 18h. Tél. ++41 (0)21 626 13 98. Les Halles de Sierre, 18 octobre. Kulturhallen Dampfzentrale Berne, 15 et 16 novembre. Theater La Fourmi Lucerne, 21 et 22 novembre. Espace Moncor Fribourg, du 27 au 30 novembre.
Anna HOHLER,
Publié le 2003-10-09
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
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Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Fabienne BERGER (chorégraphe), Anna HOHLER (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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