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Et qui pourrait raconter ?
Bernard Sobel met en scène deux textes de guerre comme deux viatiques pour les combats du théâtre, Le Seigneur Guan va au banquet, de Guan Hanqing et Les Sept contre Thèbes d'Eschyle. Au Théâtre de Gennevilliers-CDN, du 26 septembre au 26 octobre.
Signe des temps, Bernard Sobel, le directeur-metteur en scène du théâtre de Gennevilliers, met en regard deux textes écrits à huit siècles d'intervalle, sur des situations de guerre.
Le hall est pavoisé de citations de l'ennemi : du président du Medef, du Président de la République, du Chef du Gouvernement et du ministre de la Culture. Phrases cyniques que pourraient signer les coordinations d'intermittents ou phrases de combat, elles dessinent une guerre de positions. Mais la partie n'est pas la même pour tous.
Jeu d'échec du côté des puissants, elle trouve un équivalent dans les conversations de satrapes chinois. «Pas de désastres plus grand que de sous-estimer l'adversaire. Qui le méprise risque de perdre son trésor. Si les armes s'affrontent, le vainqueur sera celui qui se bat d'un cœur triste» de Lao Tseu est projeté en exergue.
Guan Hanqing, l'auteur du Seigneur Guan va au banquet est né vers 1220, à l'époque des Yuan, descendants de Gengis Khan. Bien que les intellectuels fussent ravalés au rang des prostitués, la période est considérée comme l'âge d'or du théâtre chinois. La pièce raconte comment un seigneur cherche, sans employer la force, à amener son adversaire à renoncer à ses projets d'hégémonie. Sur un carré vert d'eau, huit acteurs vêtus d'un identique costume chinois de couverture beige, font ce récit en devisant allongés, et presque immobiles. Un sabre furieux vibre pour avertir de la rage de son maître, une leçon de loyauté est professée et chacun s'en retourne réconcilié.
Du côté des victimes, la partie va tourner au cauchemar. Les spectateurs sont conviés à traverser le plateau. Ils franchissent le fond de scène comme un miroir, passent devant une carcasse de cheval éventré, et se retrouvent dans les gradins de la grande salle, dans une luminosité d'éclipse solaire. Le rideau – de fer – tombe au ras du premier rang, et obstrue la perspective d'un mur de gradin. Les Sept contre Thèbes désorganise l'espace. Parce que la guerre suspend le temps et ses rythmes, perturbe les mémoires et déséquilibre. Les six Thébaines, en jupes noires comme des Iraniennes, sont perchées aux murs. Telles des chouettes effarées, elles supplient Etéoklès de ne pas s'entretuer avec son frère, Polynice, à la septième porte de Thèbes. Les petits-enfants d'Œdipe sont poussés malgré eux à accomplir la malédiction. Étéoklès (Vincent Dissez) se plante au milieu d'un rang, et, avec les tirades traduites par Leconte de Lisle et drapé d'un costume ténébreux, défie non seulement le public mais aussi les lâches femmes. Il leur enjoint de ne plus implorer Zeus et d'être sûres de leurs hommes. Lui et son frère meurent mais Thèbes repousse l'assaut. Le rideau se relève sur les cris d'orfraie des affligées. La scénographie s'apaise avec le retour à l'horizontal tandis que le temps reprend son cours. Dans ces deux pièces, il n'y a pas de personnages au sens fort du terme mais des êtres qui errent dans le temps et qui se battent pour des places, des lieux, des cités, des choses publiques dont ils sont les marionnettes.
Le Seigneur Guan va au banquet, de Guan Hanqing et Les Sept contre Thèbes d'Eschyle. Au Théâtre de Gennevilliers-CDN, du 26 septembre au 26 octobre. Tél. 01 41 32 26 26
Mari-Mai CORBEL,
Publié le 2003-10-09
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Mari-Mai CORBEL (rédacteur), Bernard SOBEL (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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