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Le principe d'incertitude




Avec d'épatants complices de scène, François Verret aboutit son Chantier Musil à partir de l'œuvre de Musil, L'homme sans qualités. Le chorégraphe compose une exploration sensible de l'espace du doute et du «champ des possibles». Une démarche qu'il qualifie, dans l'entretien qui suit,


François Verret: Quelqu'un qui traverse le réel en le scrutant sans cesse et, ce faisant, s'aperçoit qu'il est insaisissable tant il se transforme en permanence, tant il varie selon l'angle de vue, tant sa propre posture influe sur ce qu'il observe. Ulrich éprouve le principe de relativité perpétuelle. Il explore l'espace du doute quant à ce que sont les choses, ce qu'il est lui-même, ceci par une nécessité intérieure qui n'a d'autre fin que de découvrir ce qu'est «vivre pleinement», intensément, subjectivement... Ulrich, hanté par ce que signifie «être là», ré-interroge la raison d'être des choses à partir d'une exigence d'ici et maintenant, tout en étant conscient des héritages qui nous parviennent et parfois même nous recouvrent mais qui ne forgent que certaines des multiples grilles possibles d'appréhension de la réalité. Ulrich apparaît donc comme un philosophe, poète, empiriste à travers un «essayisme perpétuel» pour reprendre l'expression de Musil. Il est au cœur du réel, partie prenante, tout en n'y étant pas, c'est-à-dire en prenant de la distance. Ce qui est lumineux dans cette figure est qu'elle s'autorise à rire d'elle-même, profondément. Ce rire et cette distance ne relèvent pas du pessimisme, ni du cynisme mais de la conscience de l'irrémédiable relativité des attitudes que les uns et les autres adoptent.
Ulrich découvre que peu importe finalement de savoir avec certitude ce qu'il est, de posséder une identité fixe, stable, qui se revendique comme telle. Vivre pleinement ne passe pas par l'affirmation d'un «je» conscient de lui-même. Il préfère être un flux de sensations, du coup insaisissable, du coup sans certitude, donc sans curriculum vitae. La nécessité d'affirmer à autrui ce «je» est une des formidables impasses de notre société, qui fonctionne sur la reconnaissance réciproque de statuts répertoriés.


Gwénola DAVID,
Publié le 2003-10-07

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : chantier, littérature, perception,
Artiste(s) : François VERRET (chorégraphe), Gwénola DAVID (rédacteur), Robert Musil (écrivain),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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