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La Party, d'après Rodrigo Garcia: la folie!
À Tours, malheur discret mais bien dans l'air du temps, l'espace collectif du Lieu fermera, sauf miracle, fin 2003. Avant dernière mise en scène, La Party, d'après des textes de Rodrigo García, est à la pointe de la contemporanéité.
A Tours, Sylvain Lerquet, issu de l'atelier de Didier-Georges Gabily, acteur chez Bernard Sobel ou Marc François, éclaire dans La Party la langue de Rodrigo García. Comme le bouffon, Rodrigo García accuse dans les contradictions du sens commun, la folie contemporaine. Il récupère le langage parlé, les sigles, marques et autres tours vulgaires, comme autant de symptômes, il donne asile au décousu des idées dans les têtes et à l'obsession du sexe, pioche dans le réel. Dans le réel, cela s'engendre et s'amasse plus vite que cela ne se nomme. Dans L'Histoire de Ronald, le clown de MacDonald's, Rodrigo García intitule un chapitre «Ordures 1», une liste de marques. À travers ces semblances de mots, émerge un réel qu'on ne perçoit pas car innommé. Faute de mots, la pensée n'a pas prise: une marque, c'est une formule de sorcier derrière son tiroir-caisse, un jeu sur la haine, l'envie, la sexualité incestueuse, le fantastique de l'enfance, que les gens bien récusent. L'O.M., Sting, Michel Berger, Maxim's, Shakespeare, ce sont des sorts jetés aux sentiments bannis.
Sylvain Lerquet distribue un trio démoniaque grâce à des monologues à peine ouverts à la réplique. Grâce au montage de textes, il ressort de la succession de scènes, qu'Éric Foucault, plasticien au petit gabarit, Jezabel D'Alexis à la verve banlieusarde, enfin Sylvain Lerquet en acteur plus contemporain, jouent aux drogués qui se donneraient une fête comme une danse macabre, extralucide. De l'imagination d'un mariage charity-business au Stade de France avec Sting en costume blanc et le public noir d'Africains aéroportés grâce à Niki Lauda, en passant par un numéro de travesti sur La groupie du pianiste, chaque fois, le texte donne lieu à un exercice critique de la folie. La compulsion sexuelle se trouve obscurément en rapport avec la société culturo-familiale et l'apolitisme. Les intonations, précises, laissent les mots dans l'ambivalence, de même que la grossesse de l'actrice parodie la satire du couple; l'exécration est rage contre l'indécidable qui paralyse, contre la duplicité des choses. Les corps tantôt fantaisistes (avec les costumes dont une combinaison de plongée) tantôt sérieux (dans le récit) sont déchirés devant l'angoisse entre la soif d'imaginaire et la faim de rationalité. Résultat: ils boivent. Au fond, trois étagères alignent des séries: de plantes vertes, de faux livres anciens, d'ustensiles de cuisine. Un bar sur roulettes et un canapé pliant font évoluer les espaces de la scénographie comme par de saugrenues associations d'idées: un night club en devant de scène, une suite de luxe à jardin, etc., et à la fin, un plateau de reality show grâce aux plantes vertes que Sylvain Lerquet dispose en biais le long d'un chemin presque de croix. L'invitée, juchée sur un tabouret, confesse l'agonie de sa mère; comment elle la sort des griffes de l'hôpital, la porte, l'emmène en montagne pour la laisser mourir comme un shaman ou comme le christ au Golgotha, attachée à un arbre. Le théâtre de La Party fabrique à partir du matériel de la folie sociale, un poème surréaliste sur le banal d'aujourd'hui.
Pourtant, Le Lieu, espace collectif de création interdisciplinaire, où est présenté La Party, devra vraisemblablement fermer ses portes fin décembre. Le propriétaire du local n'a pas renouvelé le bail, afin de vendre. L'adjoint à la Culture de la ville de Tours assure que la municipalité cherche une solution de remplacement.
Le Lieu, Tours. Tél : 02 47 39 55 49. Pétition en ligne de soutien : le.lieu@club-internet.fr
Mari-Mai CORBEL,
Publié le 2003-10-08
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : contemporanéité, mise en scène,
Artiste(s) : Rodrigo GARCIA (auteur), Mari-Mai CORBEL (rédacteur), Sylvain LERQUET (comédien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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