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Serre sans resserre n'est pas culture
Odile Darbelley et Michel Jacquelin s'installent jusqu'au 21 octobre dans La Resserre du Théâtre de la Cité internationale à Paris. Dans une serre installée pour l'occasion, ils reprennent leur facéties sur l'art contemporain en forme de recherches faussement sérieuses et vraiment drôles.
Odile Darbelley et Michel Jacquelin continuent tranquillement leurs pérégrinations d'entomologistes de l'esthétique contemporaine. Sauf qu'ils le font sur une scène de théâtre, et ne font donc que mimer le sérieux d'une recherche et d'une discours spéculatif. Ce qui ne les empêche pas, bien au contraire de connaître parfaitement le champ de l'art qu'ils soumettent à leurs «études». De chambres reconstituées en galeries d'art post-duchampien, de champs de fouilles en vitrines expérimentales pour tribu Aza venue du grand Nord, le couple d'explorateurs s'était déjà rapproché de l'objet scénique, en s'essayant, à partir d'un désopilant stage de formation, à la reconstitution du solo fondateur du célèbre chorégraphe Mars Runningag. Depuis qu'il se sont lancé dans «Le grand feuilleton», le groupe pophtegme («proche par l'esprit des œuvres de Duchamp Duchamp» -le frère de l'autre- «ou des recherches du professeur Svdenborg»), en quête du mouvement artistique perpétuel, se rapproche sensiblement de la chose théâtrale. Chaque épisode de la série verra la petite tribu camper dans les loges d'un théâtre. Cet été, en Avignon qui n'a pas eu lieu, ils étaient dans les coulisses du Songe d'une nuit d'été, une version sportive et footbalistique, avec force nains de jardin. Ils sont maintenant au Théâtre de la Cité Internationale, fidèle abri de leurs facéties, à proximité d'une Mouette en plein air, qui contamine sensiblement leurs préoccupations scientifiques. Nina exulte ses déchirures en plein parc universitaire, devant des étudiants (réels) qui font semblant de n'y pas trop prêter attention. C'est qu'avec Darbelley/Jacquelin, la farce est toujours drapée du plus grand sérieux, ce qui la rend encore plus irrésistiblement drôle. Ce qui pourrait sembler réservé à une poignée de happy fews s'adresse en fait avec légèreté, tant c'est la langue, et elle seule, bien avant les références artistiques ou historique, qui fonde le cœur des saynètes.
Après avoir assisté aux envolées de Nina, agrémentées de commentaires dramaturgiques définitifs (en matière de formes nouvelles, au fond, il n'y a que trôle qui s'y colle), nous voilà donc installés dans «la resserre» du Théâtre de la Cité, où le groupe pophtegme a tout naturellement installé une vraie serre (de culture) pour y peindre des portraits qui n'aboutiront jamais. Les membres du groupe se livrent à des activités en tous genres, qui lorgnent vers le théâtre (préparation d'un spectacle à partir d'un texte contemporain, Clic & Clac, avec jeu ralenti à l'appui, manière Claude Régy), tout en restant intimement liées à leur souche d'origine, la peinture et l'histoire de ses formes et défigurations. Débat sur la séparation entre sculpture et peinture, préparation du discours à tenir devant la galeriste, lancée de câbles, pinceaux et autres projectiles badigeonnés de peinture noire, et livrés au chaos hasardé du dessin sur la toile blanche. Sans oublier le clou: dépeçage de calamars décidément fort télégéniques. Derrière le burlesque de ces petites expériences dérisoires, on pressent le doute qui hante ceux qui tentent la forme, qu'elle soit ancienne, ou bien (encore) nouvelle.
A l'ombre des Pinceaux en fleurs, d'Odile Darbelley et Michel Jacquelin, du 6 au 21 octobre 2003, au Théâtre de la Cité Internationale.
Bruno TACKELS,
Publié le 2003-10-09
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Bruno TACKELS (rédacteur), Odile DARBELLEY (metteur en scène), Michel JACQUELIN (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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