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Excroissance de sensiblité

Isso

Chapeau : Après une résidence à l'espace public de santé mentale d'Armentières, Nathalie Collantes propose avec «Isso» un parcours sensible où le corps s'explore dans la promiscuité d'un face à face avec l'autre.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique (Mots-clés : )

Genre Ressource : édito / chronique

Apparence :

Alexandra BAUDELOT rédacteur
Nathalie COLLANTÈS chorégraphe

Texte : «Isso est une extension de la sensibilité (iso) comme on dirait une excroissance de chair, une boule, quelque chose qui ne s'est pas accumulé, mais auto produit».
Entre composition et improvisation, Nathalie Collantes développe une écriture singulière par son extrême sensibilité, par le dialogue qu'elle instaure avec l'autre, par la matière même des corps qui toujours s'interroge en regard des espaces traversés et par la mémoire qui en elle s'est constituée.
Les parcours artistiques sont souvent déterminés par les rencontres. Importante rencontre donc, que celle avec Eliane Dheygere, directrice du Vivat à Armentières, qui depuis plusieurs années suit, défend et ouvre ses portes, celles de son théâtre et d'ailleurs, aux recherches chorégraphiques de Nathalie Collantes. Ainsi, pour sa dernière création, «Isso», la chorégraphe a travaillé et habité durant trois mois dans un des bâtiments de l'établissement public de santé mentale d'Armentières: espace hospitalier, d'«hospitalité», une ville dans la ville redéfinissant l'espace social par ses propres codes, ses rapports humains, son rythme de vie ponctué de désirs, de manques, de vides, de fermetures et d'ouvertures. Que peut faire une chorégraphe dans cet espace de la blessure d'un corps inapproprié? Restaurer précisément la place du corps, et avec elle ce regard nécessaire qui fait lien entre l'autre et soi-même. Restituer l'espace non plus comme un lieu d'enfermement mais comme un espace repérable où viennent s'inscrire la circulation des corps, des regards, des trajectoires d'altérité. Il y a quelque chose d'étrange à pénétrer en foule à l'intérieur du vaste bâtiment, à sentir cette odeur d'hôpital comme une marque prégnante de la maladie qui s'est installée ici. Etrange aussi de voir soudainement trois corps en mouvement (Suzon Holzer, Nathalie Collantes et Vincent Druguet, inscrivant de par leurs différences un paysage corporel riche et large) mettre en exergue la dimension poétique du geste agissant comme une empreinte en creux «dans un monde ne mordant sur eux que par l'oeil» (Artaud). Le lieu est d'importance: par son rattachement à un espace du social, il déplace la présence des corps, de tous les corps, vers une conscience du surgissement, acte politique fort s'il en est, frappant beaucoup plus frontalement que s'il s'était agit d'un rapport de face à face propre à celui du théâtre. On se sent d'ailleurs parfois gêné d'une telle promiscuité: pourquoi suivre ce jeu des danseurs qui à l'endroit de leur propre corps décident d'autorité d'investir dans ce lieu une «intimité distante»? Pourquoi, sinon parce qu'en écho aux images filmées projetées sur des écrans vidéos, témoignages en forme de digression poétique et charnelle des empreintes amassées en ce lieu, le public-passager, y trouve à son tour ses propres marques; traces dans le temps vivace du spectacle, mémoire instantanée relayée en son point névralgique: cette extension de la sensibilité auto-produite, dont parle précisément Nathalie Collantes à propos d'«Isso».



Mots-clés : chorégraphie, espace
Inséré le : 18/10/2001 00:00
Thèmes : danse,