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Un miroir vertigineux
Shakespeare revisité par les contemporains
Shakespeare semble s'apparenter à un puits sans fond dans lequel les auteurs et les hommes de théâtre contemporains n'en finissent pas de puiser. Parmi ces explorateurs des abîmes, Carmelo Bene, Howard Barker, Bernard Chartreux et Heiner Müller ont offert à Shakespeare de fulgurants prolongements.
Dans le Macbeth de Carmelo Bene, la voie, le chant, la profération, la psalmodie, l'imprécation tiennent une place essentielle et même unique. Il s'agit donc d'un livret et non d'une pièce. C'est un monologue: Macbeth est seul dans «son» théâtre face à «ses» fantômes. L'action est strictement mentale et la situation réduite à une phrase: «Le héros est anéanti par son propre objet» ou encore «tout crime est une histoire d'amour». Carmelo Bene revisite entièrement la pièce de Shakespeare dans le sens d'un «épuisement» progressif du texte, selon la formulation de Gilles Deleuze dans Superpositions. Il restructure la pièce autour de ses élans et de ses crêtes pour en faire ressortir les espaces creux et vides dans une logique de vitesse et de fulgurance devant aboutir à une forme particulière de création poétique. On pense bien sûr au travail comparable d'Artaud dans Les Cenci d'après Schelley ou surtout dans les imprécations furieuses du Jugement de Dieu . Chez Carmelo Bene, cette création poétique est destinée à servir ce qu'il appelle la «fonction actorielle», c'est-à-dire la peur face à sa propre représentation. Cette opération de «soustraction» -comme le dit encore Deleuze- appliquée au texte de Shakespeare rejoint aussi le travail de montage au cinéma pour lequel Carmelo Bene a beaucoup travaillé. Nous sommes donc ici dans un Macbeth poétique, lyrique, démesuré et cauchemardesque, un Macbeth mythique et hallucinatoire, hors de toute psychologie et de toute action dramatique, qui pour Carmelo Bene, qui jouait lui-même le rôle lors des quelques représentations qui ont eu lieu à l'Odéon en 1996 et sa voix furieuse, métallique, tantôt psalmodiant, tantôt hurlant, tantôt gémissant est indissociable de ce Macbeth-là, devait signifier sans aucune équivoque la fin de tout théâtre possible.
Macbeth livret en 13 mouvements de Camelo Bene, éd. Dramaturgie, 1996.
Marc MOREIGNE,
Publié le 1999-03-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : adaptation, contemporanéité, dramaturgie,
Artiste(s) : Marc MOREIGNE (rédacteur), Carmelo BENE (metteur en scène), Howard BARKER (metteur en scène), Heiner MULLER (metteur en scène), Bernard CHARTREUX (metteur en scène), William SHAKESPEARE (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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