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Les déclarations de Vittorio Sgarbi

décharge culturelle

Chapeau : Les propos de Vittorio Sgarbi, sous-secrétaire aux biens culturels, signent la dérive du gouvernement italien, qui dénonce l'art contemporain comme excrémentiel de l'histoire de l'art.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique (Mots-clés : )

Genre Ressource : édito / chronique

Apparence :

Pierpaolo CALZOLARI plasticien
Vittorio SGARBI personnage politique

Texte : «Prato? Le centre pour l'art contemporain Luigi Pecci? Une décharge. Son directeur, Bruno Corà? Un ''excrémentiel''.» Propos de Vittorio Sgarbi, qui n'est pas seulement un critique mais une personnalité bien connue et qui revêt aujourd'hui l'habit officiel de sous-secrétaire aux biens culturels. Il proclame que tout ce qu'il affirme est de bonne foi, sans esprit de polémique, et en dehors de toute métaphore. Au sens propre. Voilà donc que n'ayant point apprécié l'accusation d'être un intimidateur pathétique il revient su le sujet du Pecci. «Je suis un grand admirateur de ce musée. Je remercie le ciel qu'il existe un lieu où se trouvent toutes les horreurs du XXe siècle. Il faut bien qu'il y ait une décharge, une infirmerie, des toilettes, dans la grande demeure de l'art. Et bien, Pecci, avec le musée de Rivoli, s'occupe de çà, de l'art contemporain excrémentiel». Que celui qui voudrait reconnaître dans ces phrases la lame du sarcasme, le fasse. Lui, il s'explique, Il donne des raisons: «Corà, critique qui n'a laissé aucune trace significative, jugerait comme oeuvres inaliénables auss bien l'«Urinoir» de Duchamp que «Merde d'artiste» de Manzoni. Voilà la vision qu'il a du XXe siècle, qui est par ailleurs la période la plus excrémentiel de l'art, avec d'autres critiques comme lui. L'art est une grande maison, avec beaucoup de pièces; dans la première se trouvent les grecs, puis les assyriens, et ainsi de suite. On arrive ensuite au XXe siècle et on trouve les toilettes. Je ne veux pas faire de polémique avec Corà», insiste Sgarbi, et on le croirait presque si on ne le savait équilibriste de la rhétorique.
Mais le suc de la polémique est que le XXe siècle ne soit pas seulement fait d'urinoirs et compagnie. Il y a autre chose, bien autre chose, que Corà, «fautivement» pour Sgarbi , ignore. Annigoni, Pirandello, Lorenzo Viani et des centaines d'autres. «Il y a un XXe Siècle qu'ils oublient, qu'ils refoulent, parce qu'il est beau. Grant Wod est génial, mais Corà ne le trouve pas intéressant». Les grands isolés comme Annigoni, les grands «pestiférés, que certains critique fuient» sont ignorés, la conséquence, qui se fait accusation, est que le courage manque d'affirmer qu'il n'y a pas seulement l'urinoir, dans le XXe siècle, mais aussi Annigoni et ses disciples. «Un musée courageux devrait le faire, et ici,dans ce lieu, insiste Sgarbi, on ne le fait pas; on suit une logique masochiste selon laquelle Corà et les autres se sont réservés pour eux-même le rôle de tenanciers de l'infirmerie, des toilettes publiques de l'art». Il n'a rien contre les «sanatoriums», les «chiots», le sous-secrétaire aux biens culturels. «Au contraire, j'en admire la fonction. Mais il y a autre chose. Et Corà devrait suivre un cours, étudier, avant de me répondre. Il devrait se mettre à genoux devant les oeuvres, toutes ensembles, de ce grand peintre que fut Pirandello».
«Le XXe Siècle conclut-il est un archipel avec des milliers d'îles merveilleuses. Je ne veux plus voir seulement Rimini ou Riccione. Basta avec Kounellis, je n'en peux plus! Je veux voir autre chose... Et qu'ils se rappellent qu'ils ont un sous-secrétaire qui n'oublit pas. Qui ne veut intimider personne mais qui n'oublie pas les artistes, aucun, de ce siècle».
Et il s'abstient d'aller aux toilettes. Pas de visite au musée Pecci.


Pierpaolo Calzolari est plasticien et fait partie du noyau fondateur de l'Arte povera. Il a commencé a exposer au milieu des années 60, notamment au musée du Jeu de Paume et au Museo del Castello di Rivoli.

Date de publication : 26/10/2001


Mots-clés : fascisme, art plastique, censure, avenir
Inséré le : 26/10/2001 00:00
Thèmes : politique générale, politiques culturelles,