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Café attitude
Chapeau : Le Lieu, à Tours, propose une seconde mise en scène corrosive après
Party. David Lerquet met en scène la folie du monde par la lorgnette d'un café. Un parcours d'improvisations sous le titre
En cas de troubles persistants. Du 30 octobre au 15 novembre.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : chronique (Mots-clés : )
Genre Ressource : édito / chronique
Apparence :
David LERQUET Metteur en scène
Mari-Mai CORBEL rédacteur
Sylvain LERQUET Metteur en scène
Texte : En cas de troubles persistants, il est recommandé de s'inquiéter. Les troubles de l'humain, tels que David Lerquet les met au jour, sont des plus alarmants. La mise en scène s'est organisée à partir d'improvisations autour de deux axes: des textes allant de Knut Hamsun à Robert Walser en passant par Tchékhov, et un café, lieu de sociabilité emblématique en Occident. Un vrai café, avec un bar, des petites tables et des cloisons en plexiglas munies de portes vitrées ou miroitantes, portes trop étroites qui obligent à se faufiler et où l'on se cogne. Les cinq acteurs ont un jeu qui peut évoquer les films burlesques, non pas que cela ait été recherché mais parce que la situation qui génère ces cahotements du comportement et du langage, est celle d'un inconscient inchangé depuis Buster Keaton ou depuis Tati. Celle d'un machinisme où l'humain se fait entrer de force en se reniant pour partie.
Un vent de folie entraîne ces personnages protéiformes qui passent avec leur paquet de nerfs sous le bras. Tous sont aliénés à l'obsession sexuelle, laquelle masque le désoeuvrement, la perte du sens. À l'affût de la moindre excitation qui mettrait en branle la mécanique sexuelle et son rituel (l'échange de numéro, l'invitation au restaurant, les déclarations sentimentales...), ils vont à l'autre en fonction d'un standard érotique qui fonctionne comme un ersatz. En réalité, le refoulé, le déraisonnable, ressort comme le nez au milieu de la figure: les êtres se contorsionnent sur leur chaise, bégaient, prononcent hystériquement des expressions à la mode, posent, trépignent, se giflent, ou se flairent, hachent leur parole d'interjections, ils sont aux abois et à ras de terre. Couples en fin de parcours, copines envieuses, fille esseulée ou garçon fleur bleue, tous errent dans un café-monde où verres d'alcool et cigarettes retardent l'éclatement du conflit et de l'exaspération voire la crise de larmes. Seule une femme s'interroge et parle avec nostalgie des êtres qui n'ont pas fini de grandir. Il n'est peut-être pas trop tard, suggère David Lerquet. La bible cite Dostoïevski dans
Le Joueur: «Demain je peux ressuciter des morts et recommencer à vivre! Je peux retrouver l'homme qui est en moi, tant qu'il existe encore!»Un homme (David Lerquet) raconte qu'il est peut-être sur la voie de se retrouver. Sa parole est posée; c'était il y a longtemps, dit-il, enfin non, il y a sept ans. Cela se passa dans un café de la Motte-Picquet Grenelle, où une particularité des toilettes aurait permis d'observer le sexe des clientes et de constater que la beauté des sexes n'était pas liée à celle des personnes. L'histoire est peut-être une légende... Peu importe. L'homme à partir d'un vécu iconoclaste, s'est reconstruit une intériorité. Il s'est représenté le monde de manière propre. Son horizon s'est ouvert. Mis sur la voie du désir, il est au bord de la quête spirituelle. Plus avant, c'est le récit d'une sidération (un voyeurisme) vers une passion (la femme); cela renvoie à un théâtre qui transcende cette sidération (le voyeurisme du spectateur dans un théâtre de convention) en passion pour l'objet théâtral. Le spectacle connaît aux trois quarts une acmé --lumières nocturnes, musique puissante qui déclenchent la danse-- qui l'apparente à un théâtre de jouissance. Un théâtre qui nourrit l'énigme du désir, à l'image de ces derniers instants, qu'envahissent quelques accords --du Bach-- que joue une violoncelliste S.D.F. entrée dans le café. Puis les spectateurs sont invités à prendre un verre au bar, à franchir insensiblement la frontière du théâtre.
En cas de troubles persistants, ms David Lerquet & l'Association provisoire. Tours, Le Lieu. Tél: 0247395549. Du 3 octobre au 15 novembre.
Pétition sur internet pour soutenir Le Lieu menacé de fermeture (voir archives : échange avec Jean-Pierre Tolochard adjoint à la Culture de Tours et chronique sur Party).
le.lieu@club-internet.fr
Date de publication : 06/11/2003
Inséré le : 05/11/2003 00:00
Thèmes : théâtre,