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Festival Desviaciones
Création chorégraphique en Espagne
Chapeau : Depuis cinq ans le Festival Desviaciones décloisonne les genres et donne à voir la création chorégraphique en Espagne. Une gageure face à un paysage culturel très frileux et quasiment dépourvu de prises de positions artistiques.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Alexandra BAUDELOT rédacteur
Texte : Rares sont les festivals en Espagne qui au-delà des contingences liées au public et à la rentabilité des spectacles affirment une réelle identité artistique. Depuis cinq ans le festival Desviaciones crée par Blanca Calvo, José A. Sanchez et Maria La Ribot dissémine son indéfectible énergie pour donner à voir la création chorégraphique espagnole là où elle bouge et pour s'ouvrir à des artistes internationaux qui à travers leur pratique posent sans cesse un regard critique sur le monde, à rebours d'un spectaculaire stérile et artificiel. C'est bien à cet endroit de l'artistique et du regard que Desviaciones est tout aussi nécessaire que critiqué en Espagne par les «bien-pensants» de la culture. . . Enferré dans une logique de «grand» spectacle, les journalistes, acteurs culturels et public ne voient dans ce festival qu'une palette de propositions impossible à décoder. Le critique du quotidien «El País», Roger Salas, éminemment reconnu en Espagne, n'hésite pas à voir en Raimund Hoghe un «pâle imitateur de Pina Bausch», n'ayant «aucune intention chorégraphique», et donnant à voir une «version post-moderne du légendaire personnage de Victor Hugo (Quasimodo)», ou la jeune chorégraphe espagnole Cuqui Jerez qui «en évoquant son passé de danseuse classique et flamenco s'échappe radicalement de la danse» pour mettre en scène«une espèce de performance dans laquelle elle oublie toute forme de Castillan pour ne parler qu'en anglais». Silence autour des autres artistes: Jérôme Bel, Olga Mesa, Philipp Gehmacher, Nao Bustamente, Michel Groissman ou Elia Arce. Plus qu'à un manque de compréhension face à ces formes artistiques, les directeurs du festival Desviaciones, et avec eux toute une communauté d'artistes, se confrontent à un refus net et catégorique de reconnaître autre chose que le folklore culturel à l'oeuvre dans les théâtres publics. Faire entendre raison sur la pertinence d'une ligne artistique qui s'affirme dans une recherche rigoureuse de la mise en jeu des formes scéniques est peine perdue face à cette logique de «feria» propre aux programmations des festivals à Madrid.
On l'aura compris Desviaciones est aussi rare que nécessaire et menacé. Dans cet équilibre instable, et bien qu'inconditionnellement soutenue et reconnue sur le plan international, chaque édition est une gageure.
Cette cinquième édition, fidèle à son titre, ne souhaitait pas donner à voir la danse à l'enseigne d'une terminologie réductrice, préférant nommer chorégraphe, performer ou danseur, par le terme d'«artiste»; artiste du mouvement, de l'image, du corps. . . Une manière de penser la création non plus comme la somme d'entités séparées mais comme une géographie en mouvement où l'artiste, nomade, se construit dans les plis intimes de son histoire. «L'intime» aurait pu d'ailleurs être le thème de ce festival. N'est-ce pas précisément ce qui nous fait signe dans les oeuvres contemporaines à rebours des machineries spectaculaires? «Intime» comme les gestes et la mémoire du «Lettere Amorose» de Raimund Hoghe, magnifiquement ritualisés dans un temps et un espace étirés jusqu'à l'abstraction. Le chorégraphe allemand joue de la langue de ces «lettres amoureuses» et des chants populaires et classiques assemblés d'un bout à l'autre de la pièce comme des fragments extraordinaires faisant partie de l'ordinaire. Les gestes les plus petits, la charge physique du corps bossu de Hoghe, l'attention aux mouvements rassemblées dans une minutieuse mise en scène, se maintiennent dans le cercle de la vie quotidienne pour ne jamais faillir à sa vérité. (. . .) D'une génération à l'autre, Philipp Gehmacher ne puise pas dans sa mémoire les gestes essentiels d'un retour vers soi. Au contraire, il travaille le geste à cette frontière où il est empêché. Qu'il observe et dissèque l'architecture de trois corps («Holes ans Bodies») ou de deux («Good enough»), le jeune chorégraphe autrichien s'attache à rendre visible ce qui serait l'ultime limite du corps, ce qu'il ne parviendrait plus à contrôler. Dans le duo «Good enough», le dialogue est rare. Les deux danseurs ne cherchent pas
Date de publication : 01/01/2001
Mots-clés : festival, chorégraphie
Inséré le : 31/10/2001 00:00
Thèmes : danse,