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La voix des autres vous parviendra un jour

Face à face

Chapeau : Clyde Chabot vient de créer au Burkina Faso «Face à Face», spectacle qui ouvre un espace de rencontre entre l'Afrique et l'Occident.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Clyde CHABOT Metteur en scène
Sabrina WELDMAN rédacteur

Texte : Clyde Chabot était déjà venue au Burkina Faso. A l'époque, elle accompagnait Matthias Langhoff dont elle était l'assistante. Depuis, elle s'est emparée seule de la scène, articulant chacune de ses réalisations en une confrontation. Ou pour dire la même chose d'un point de vue différent, en une rencontre. Ses propositions théâtrales sèment les possibles de la relation à l'autre et recueillent, lors de ses créations, le fruit d'une altérité respectée. Démarche qui s'éloigne totalement des corporatismes crispés à la mode communautaire américaine ou d'un oecuménisme douteux qui brandirait l'idée que nous sommes tous les mêmes pour mieux nous délester de l'effort nécessaire au contact avec l'autre. Dans «Hamlet-Machine» de Heiner Müller, la metteur en scène plaçait de plain-pied dans l'espace théâtral acteurs et spectateurs, des spectateurs dotés d'outils techniques d'intervention comme une caméra ou un ordinateur, l'intention étant de susciter une prise de paroles, de sons et d'images de la part d'un public réactif. Joué dans trois villes du Burkina Faso -Pô, Ouagadougou et Bobo Dioulasso-, «Face à Face» ne déplace pas le rapport scène-salle au sens strict mais tente de trouer la bulle mentale, l'autisme culturel qui sépare les Noirs et les Blancs invités ici à se regarder, s'écouter, se toucher. Leur rencontre a eu lieu au Burkina Faso où les répétitions se sont déroulées, une terre de poussière rouge parcourue comme en un cheminement -voyage, quête, perte, retrouvailles avec soi-même- qui propulse l'écriture et la mise en scène du spectacle; un pays dont l'auteur, Yan Allégret, les acteurs français et Clyde Chabot se sont imprégnés aux côtés des acteurs burkinabés, d'un chorégraphe kényan et du jeune metteur en scène burkinabé Ildevert Meda qui a fait le lien entre les intentions de mise en scène de Clyde Chabot et leur réception par le public local. Issu de ce ferment, le texte fragmentaire de Yan Allégret met en jeu sept personnages, une divinité noire dans sa force de colère et de résistance à la soumission, mystérieuse et animale, une divinité blanche toute en maîtrise et en assurance qui figure les valeurs de l'Occident, un vieux colon en bout de course accompagné de son griot qu'on voit évoluer vers la liberté, une jeune blanche venue se perdre en Afrique, un jeune noir parti de son village, rêvant d'un envol vers les Etats-Unis et une jeune noire prostituée, à l'image d'une Afrique souillée, soumise et pourtant prête peut-être à une autre posture. Ces différents personnages se croisent, s'esquivent, se rencontrent, s'étreignent parfois aussi, avant de poursuivre chacun sa propre route, vraisemblablement plus riches qu'avant. Parce que la parole ou le geste échangés entre les Noirs et les Blancs tendent soudain un pont stimulant entre des solitudes errantes que rien ne prédisposait à s'ouvrir, à communiquer. Ce partage s'est élargi au public, un public noir burkinabé piqueté de Blancs, venu applaudir l'alliance des cultures portée par le corps chorégraphié des acteurs. Est née de leur collaboration une création exigeante, jamais convenue, un théâtre qui danse étrangement et qui réussit à faire résonner ces mots du journaliste burkinabé assassiné, Norbert Zongo: «La voix des autres vous parviendra un jour».



Mots-clés : Afrique, altérité, engagement
Inséré le : 31/10/2001 00:00
Thèmes : théâtre,